MA CHARLY BERARD 2009

25 04 2009

MA  CHARLY BERARD 2009

Pour rien au monde je n’aurais manqué notre premier BREVET RANDONNEUR UFOLEP de l’année. C’est un peu pour nous, les cyclosportifs des Alpes maritimes, notre « PRIMA VERRA » ! De plus cette épreuve est la seule de l’année qui part de Nice : donc à ne pas manquer !

Ancien Berlugan je porte cette année les couleurs Blanc-bleu du Stade Laurentin. Dans la foule des partants je reconnais mes collègues ( nous sommes 7 pour le petit parcours, 2 pour le grand) et des compagnons avec qui je roule toute l’année.

Après les éternels va-et-vient du bord de mer nous attaquons enfin l’arrière pays. Et que choisir mieux que les grimpées des collines niçoises, la côte de Chateuneuf et les abords du fameux Col de Turini !!!

Ce circuit, choisi par les organisateurs ( l’I.F.C. dont je connais bien le président François Chabert) nous le connaissons par cœur, nous l’avons sillonné tant de fois ! Mais chaque fois  la beauté des lieux nous ravit. Questionnez les participants venant d’autres régions : ce n’est que des exclamations d’émerveillement en découvrant le circuit !

En effet nous partons de l’altitude 0, place Massena devant une mer étale couleur émeraude, exceptionnellement ce jour-là. Nous avons la chance d’avoir beau temps ! La plupart ont même adopté le « court » , ils le regretteront sur les hauteurs de PEIRA CAVA !

Cette année les cyclistes agglutinés partiront après les féminines…Nous sommes plus de 500 à suivre les motos sur le circuit neutralisé et comme chaque année c’est une bousculade jusqu’à Saint André où nous attendons quelques ( trop longue)  minutes le départ réel. Nous franchissons le rectangle de fer, qui grâce aux extraordinaire progrès de l’électronique nous permettra d’enregistrer immédiatement nos temps à l’arrivée : encore un plus de cette épreuve. Quelques heures après les classements sont transférés sur Internet !

Aux lieux urbanisés succède rapidement des endroits boisés. Nous attaquons tout de suite la cote de Falicon, 7km de côtes de 7% de dénivelé environ. Sur cette route bordée de très beaux pins maritimes je double, redouble, je passe mon temps à doubler. En effet j’ai perdu beaucoup de temps dans le désordre du départ…

Le but dans cette sorte d’épreuve est de trouver un groupe de votre niveau pour rouler ensemble jusqu’à l’arrivée ( pour  profiter de l’aspiration sur les portions de plat).

Arrive enfin la côte d’Aspremont : une pente assez douce de 10 km environ du quartier de Gayraut jusqu’au village. Cette portion je la déteste. Si je veux suivre les rouleurs, ils l’exécutent à plus de 30 km/h ( les plus forts à plus de 35). Je m’accroche désespérément derrière un groupe d’une vingtaine de coureurs. Quel bonheur de tenir jusqu’au sommet ! Je peux descendre à tombeau ouvert dans la pente de Saint Blaize avec un groupe qui me convient pour faire une belle performance !

Je monte allègrement la côte de Levens, rattrape un autre groupe dans le col de Chateauneuf ( celui qu ‘empruntent les coureurs à Paris-Nice). Hélas dans la descente JE FAIS SAUTER LA CHAINE en changeant de braquet. Quelle déception. Mes collègues me proposent de m’aider. Je leur fais signe de continuer. Ils me  jettent un regard triste… je suis sûr qu’ils prient intérieurement avec force que la même infortune ne leur arrive pas !

Ma chaîne s’était mise en plusieurs tortillons, l’énervement me rend maladroit je mets plusieurs minutes à tout remettre en place : j’en pleure presque de rage !!!

J’attaque la descente de Bédéjun , une petite route serpentant à flan de colline dans un paysage touffu de végétations méditerranéenne : peut être la plus belle partie du circuit ! Malgré ma mauvaise humeur je ne peux m’empêcher d’admirer au fond de la vallée « Le Paillon » le torrent qui descend de ces grandes montagnes ( Le Mercantour) dont nous commençons à apercevoir les massifs enneigés !

Cette descente, très longue, si elle est adorable par son panorama est très dangereuse : trop étroite, mal bitumée, sans visibilité…En bas je vois le ravitaillement, cela me rappelle que je n’ai pas encore touché à mon bidon empli d’ISOSTAR : je le regretterai plus tard…

A Contes , 4 km de plat avant la dernière difficulté du petit parcours la montée du col de Nice par Sclos de Comte. J’ai la chance de trouver trois cyclistes qui m’aide à gagner un peu de mon temps perdu. Nous prenons chacun un relais pour rattraper, enfin, une partie du groupe d’où j’avais été lâché !

J’attaque donc Sclos de Contes, une grimpée de 7 km environ d’environ 6%. Nous sommes nombreux. Entre ceux qui ont été lâchés et ceux qui les ont rejoint nous sommes près d’une trentaine. La route est très étroite, nous sommes tous coudes à coudes ; mais heureusement grâce à la forte déclivité nous ne dépassons pas le 20 km/h !!

J’adore ce genre d’exercice, je commence même  à apercevoir mes compagnons de route à quelques 500 mètres. Mais mon bonheur ne durera pas très longtemps, soudain je sens des crampes m’envahir les cuisses. J’ hurle de douleur ! Je suis obligé de m’arrêter, de faire des flexions.. Je vois de nouveau mes challengers partir, partir, partir….

Que faire contre ces contractions : attendre que cela passe…

 Ironie du sort à Sclos de Contes, la commune avait décidé d’organiser une brocante ! La queue des voitures bloquées dans les deux sens nous obligent à mettre pied à terre. Quel soulagement pour moi !

Dans la descente du Col de Nice ( moins dangereuse que les parcours des années précédentes) je bois, m’alimente : c’est trop tard l’arrivée est trop proche.

Je regarde mon temps 3h 35. J’ai perdu environ 5minutes sur mon groupe. J’avais fait mieux l’an dernier, j’ai un an de plus 65 ans…

A l’arrivée il y a toujours une ambiance très sympathique dans ce genre d’épreuves. Chacun raconte sa course, à sa façon…L’année prochaine quelles erreurs nous allons éviter ? En fait nous sommes des perfectionnistes : nous calculons tout pour gagner sur le chronomètre : l’entraînement, la diététique, le matériel mais nous oublions ce qui nous fait courir en premier : LA MOTIVATION…En quelques minutes nous avons tous oublié nos fatigues, nos souffrances, nos rancœurs .. Nous ne pensons plus qu’à nos quelques instants de bonheur dans cette course.

Surprise lorsque un quart d’heure plus tard je vois arrivé un maillot neutre ( nous sommes tous d’un club) arriver exténué…c’est un cycliste qui est peu entraîné mais qui a eu la volonté de faire un bon temps : croyez moi mon jugement est sûr, 50 ans de vélo parlent…

Le haut parleur annonce Christian Estrosi. Je n’en reviens pas….Jamais je ne parlerai politique dans mes comptes rendus, mais là je cite simplement  un participant de la course, qui « en a bavé.. ».

L’arrivée est à Contes, pour éviter les encombrements de la ville de Nice. Il faut donc finir le trajet, par Drap, Riquier pour rejoindre la place Vauban où nous attend une collation…

L’engagement peut paraître cher, 25 euros. Mais dans le prix est compris quelques cadeaux plutôt sympa : un bidon et des sur-chaussures ! De plus l’organisation est impressionnante, nous sommes suivis par des motards de la gendarmerie et à chaque carrefour est posté un signaleur !

Sous la tente de la manifestation nous assistons à une grande convivialité. Tous participants qui le souhaitent peuvent se retrouver ensemble pour déguster un petit repas simple, mais très apprécié de tous nos cyclistes affamés ! Et là les discussions vont bon train…. Des cyclistes venant de toute la France conversent sur le même sujet : « les attraits de la petite reine…. » Les Niçois n’en finissent pas de décrire tous les hauts lieux de nos sorties du dimanche : le col d’Eze, La vallée verte, Le Turini, Les gorges du Loup.. à un ariégeois, un Nordiste ( un chti…), un Vendéen, également des étrangers des belges, des allemands, des Hollandais. Il faut savoir que beaucoup de « Nordiques » ont des studios sur la côte d’Azur. Ils profitent de cette course pour passer quelques jours chez eux…

En sortant du périmètre j’aperçois Charly Bérard. J’aurais bien aimé à avoir une petite conversation avec lui. Ces anciens coureurs du Tour de France nous fascinent…Mais je vois qu’il est occupé. Je m’élance vers la rue Vauban…

MERCI A FRANCOIS CHABER , SES BENEVOLES ET TOUS LES ORGANISATEURS qui nous enchantent chaque année avec cette manifestation ;

Michel Hannoteaux  le 5 avril 2009

Club UFOLEP du Stade Laurentin Cycliste

 Moi meme à la Charly bérard ( en bleu)




SOUVENIR ENFANCE SUITE

30 10 2008

Maladroit

 

Notre maison du Busca était très proche du jardin des plantes. Ma mère nous amenait le jeudi après midi mon frère et moi dans ce parc où tout m’enchantait. Il y avait des manèges, un théâtre de marionnette, des animaux ( dont un bouc qui puait à plus de 100 mètres), des petits étangs sur lesquels flottaient de monstrueux cygnes que nous nourrissions en leur lançant  des morceaux de pain tirés de notre goûter. Mais le grand rendez-vous des gamins de notre âge c’était un promontoire où avaient été tracées des petites rues pavées simulant les rues d’une ville. Plusieurs bosquets entouraient ce curieux endroit qui était des  cachettes idéales pour le jeu « Attrape-qui ». Mais les copains que nous trouvions là n’étaient pas aussi accommodants que ceux de notre école. Certains venaient d’Empalot la cité des « durs ». J’ai une discussion orageuse avec certains et cela se termine par une dispute. Mon frère et moi nous n’étions pas très bagarreurs, nous rejoignons ma mère qui nous attendait devant les manèges. Je ne lui parle pas de nos démêlées mais je lui demande conseil pour clouer le bec à celui qui nous insulte. Elle me donne son avis sur la question mais pour finir elle me déclare d’un ton professoral : « Une chose qui vexe énormément les garçons c’est de les traiter de maladroits ! ». J’appelle aussitôt mon frère, ça y est , j’ai maintenant le mot magique pour déstabiliser mon adversaire. Je me précipite vers le « caïd » qui m’avait interpellé tout à l’heure et devant tous ses camarades je lui lance «  Tu es maladroit ». Il me regarde éberlué mais se ressaisit aussitôt : « Mais qu’est ce que tu racontes, tu dis n’importe quoi ! » Et ce n’est que quolibets, rires et moqueries envers moi.. Il fait même rire l’assistance autour de moi, vexation suprême. Mon frère très déçu, - il m’avait vu tellement sûr de moi et déterminé- détale comme un lapin, craignant les représailles.  En revenant penaud, mortifié de cet endroit maudit, je réfléchis à mon altercation. La recette des adultes n’est pas toujours infaillible….

 

Le guignol

 

Y a t il meilleur public qu’un enfant ? Les séances de guignol du jardin des plantes étaient un enchantement. On dirait maintenant que le spectacle était « interactif ». Les marionnettes interpellaient le public. Elles nous faisaient rire aux éclats. Mais aussi comme nous aimions avoir peur ! Le loup avec son habit rouge flamboyant arrivait d’un seul coup en hurlant. Sa grande gueule ouverte nous terrifiait. Et tout à coup il sautait dans l’assistance…

Il y avait plusieurs théâtres de marionnettes dans les jardins de Toulouse mais c’est celui là que je préférais. Peut être pour ses décors un peu kitch, la couleur du castelet : des bordures rouges sur un fond noir frappaient mon imagination d’enfant.

Hélas un soir je vis l’envers du décor.

En me promenant un soir avec ma famille et des amis de mes parents je vois une personne ouvrir la porte arrière du castelet. J’aperçois donc pour la première fois la personne qui manipulait les marionnettes. C’était un infirme en fauteuil roulant. Deux personnes l’aidaient à retirer les sur-manches ( utilisé pour cacher le corps de la marionnette lorsqu’elle sortait la tête trop loin du théâtre )  de ses bras. Ce pauvre homme était mal habillé. En m’approchant j’ai senti une odeur de sueur et de vinasse. Effectivement un litron de rouge était coincé sur le rebord de sa chaise. Un ami de mon père qui nous accompagnait ( il s’appelait Jules mais il n’aimait pas que nous l’appelions par son prénom) nous dit qu’il connaissait le personnage. « C’est un ivrogne, tout l’argent qu’il gagne à son spectacle, il le boit… » Comment pouvaitt-on se moquer de cet homme que j’avais déifié. Ce grand enchanteur de mes bonheurs d’enfants je le retrouverai plus tard, quand je serai grand. Je le vêtirai d’habits de lumière comme les artistes de cirque, il ne boira plus car il ne sera plus triste : tous les deux nous partirons ensemble faire le tour de France en montrant des spectacles de guignols  et nous serons heureux….

 

Le ciné bleu

 

Nous avions la chance d’avoir prés de chez nous un cinéma ( Dans les années 50 c’était encoure un spectacle rare). Il s’appelait le « Ciné Bleu ». C’était un édifice majestueux. Sa grandeur m’impressionnait, on aurait dit un temple religieux.

Je ne comprenais pas toujours le sujet du film, souvent trop sérieux pour mon âge. Par contre j’aimais l’ambiance de la salle obscure, la musique qui nous arrivait aux oreilles comme un torrent, sourde et imposante. J’adorais les films de guerre, peut- être parce qu’ils me faisaient penser à mes soldats de plomb, les galops des chevaux des westerns ou les rondes des aviateurs dans le ciel. J’attendais pendant les scènes tragiques où l’ambiance sonore était lancinante, haletant, la musique douce qui annonçait le calme après la tempête. Avec mon frère nous nous regardions avec un grand sourire, enfin notre frayeur était terminée, nous pouvions savourer le « happy end » classique des films de l’époque.

Un jour un personnage apparaît en gros plan. Francis mon voisin de fauteuil, est tellement effrayé qu'il met ses mains sur son visage. Il éclate en sanglot, nous sommes obligés de quitter la salle .

Plus tard en jouant, il s’approche de moi, il écarte ses yeux avec ses doigts et pour me faire peur me lance : « Je suis l’homme du cinéma ! .

 

La main

 

Tous les dimanches matin nous allions à la messe à St Exupère. J’aimais cette église prés de chez moi ou j’avais fait ma première communion. Il y avait l’odeur de l’encens, celle des bougies, ces statues immuables que je détaillais tout au long de la cérémonie.

Je me souviens de ce jour ou  il faisait très froid, ma mère m’avait enfilé des  petits gants couleur crème ( c’était la mode à l’époque). A la sortie de la messe il y avait toujours affluence, l’étroitesse de l’édifice faisait que les gens se serraient les uns contre les autres. J’aimais me fondre dans cette masse humaine comme un plongeur qui ressent avec émotion le plaisir de s’enfoncer dans l’eau. Je tenais toujours la main de ma mère dans ces circonstances là comme un aveugle qui se laisse guider dans le monde merveilleux de ses rêves d’enfant. Je ne faisais plus attention à la personne qui me guidait. Au bout  de quelques mètres je vois à côté de moi une grand-mère à chapeau et voilette, toute surprise d’avoir pris ma main sans prendre garde . Mes parents, derrière moi qui avaient vu la scène, étaient morts de rire . Ils avaient vu leur fils se détacher d’eux pour attraper la main d’une inconnue !

 

Le catéchisme

 

Prés du Busca il y avait un couvent de bonnes sœurs qui assuraient les cours de catéchisme. C’est là que ma mère m’amenait à vélo le jeudi après midi. Je me souviens des « biscuits de soldats » que je croquais avec gourmandise juché sur le porte bagage. Le goût de ces gâteaux frustres, je le ressens encore aujourd’hui dans ma bouche. J’étais tout heureux d’aller écouter les belles histoires de ces nonnes à cornettes et vêtements blancs alors que pour mes camarades c’était un pensum. Elles étaient plusieurs à nous instruire mais celle que je préférais c’était sœur Marie. Elle me rendait muet dés qu’elle commençait à nous parler.

Ce jour- là elle nous raconta l’histoire que nous connaissions déjà, de l’enfant qui a à choisir entre deux chemins pour rentrer chez lui. Soit celui de gauche revêtu d’un tapis moelleux, parfumé de senteurs exquises et orné de magnifiques fleurs, soit celui de droite caillouteux, parsemé d’ornières et bordé de ronces….

Le gamin évidemment se précipite vers le parcours  merveilleux. Il s’aperçoit vite que les fleurs sont en fait artificielles, sous la moquette sensée amortir ses pas il y a des pavés pointus. De plus rapidement des gens peu fréquentables se précipitent sur lui, lui volant sa montre et sa belle casquette. Il retourne au galop à son point de départ et s’engouffre rapidement vers le sentier inconfortable !

Il sue sang et eau mais il voit brusquement arriver ses parents qui l’accueillent à bras ouvert. « C’est un bon fils » il a choisi la voie difficile…

Je bois avec une telle ferveur les paroles de ma conteuse que je ne l’entends  pas m’appeler pour lire un passage du petit livre de « caté » que nous avions tous sur les genoux. Elle me dit de sa voix douce : « Peut être que tu ne sais pas lire ». Je me retourne vers mes camarades qui me voyant rougissant se moquaient de moi. Ils me désignent du doigt : « Ce n’est pas vrai, ma sœur, il est en classe avec nous ! » Notre éducatrice sourit, elle comprit qu’elle n’aurait jamais un enfant aussi bon public que moi ….

Pourquoi cette scène est restée gravée dans mon esprit toute ma vie ?

Bien sur plus tard je lirais « La porte étroite de Gide  »  où nous retrouvons l’image du chemin  plus ardu qu’il  faut obligatoirement emprunter pour suivre la vraie morale. Ce sera son guide dans son existence et sa fameuse phrase : « Suivre sa pente pourvu que cela soit en montant », Combien de fois je l’ai entendu proférée par mon père !

Mes principes de vie c’est  Sœur Marie qui me les a donnés, alors que j’avais 5 ans...

 

Crin Blanc

 

De temps en temps, toute la famille allait voir un film au centre ville, place Wilson. A cette époque (1952) les salles étaient immenses, majestueuses même. Je me souviens du Gaumont- Palace où nous faisions la queue quelques fois des heures tant le cinéma à cette époque avait du succès. Ce jour là on jouait « Crin Blanc », l’histoire d’un cheval camarguais. Les histoires d’animaux  passionnent les enfants. Mon frère et moi,  les yeux rivés sur l’écran, nous avions tant d’empathie avec l’animal que nous nous transformions rapidement en cheval. Je souffrais dés que le marchand de taureaux venait voir le manadier afin d' acheter la bête pour  le compte des picadors : C’était la mort assurée. Dans tous les cas le taureau l’éventre !

Lorsque Crin Blanc s’ enfuit de son enclos je me retourne dans la salle pour guetter mes poursuivants. Le spectacle d’un gros monsieur barbu, spectateur impassible derrière moi, me sort de mon rêve quelque temps !

Hélas la fin est très triste, « Crin Blanc » saute dans la mer pour leur échapper . Des larmes coulent sur nos visages. J’accroche mon père : « Un cheval ça nage bien, il ne va pas mourir ? . Au vu de sa mine dubitative, j’insiste. « Ca peut nager combien de temps un cheval ? . Là , mon père voit qu’il faut qu’il intervienne et invente quelque chose pour ne pas nous décevoir. « Un cheval, voyons…, il peut rester dans l’eau une journée ». Mon frère et moi nous sommes rassurés. Mais au fait de l’autre côté de la mer,  il y a quoi ? . «  C’est l’Algérie, nous dit notre père ».

Aussitôt arrivé à la maison nous précipitons vers un Atlas. Nos parents nous montrent la carte de la mer Méditerranée. Nos essayons de calculer la distance des bords des deux pays, la France et l’Algérie. Mon frère et moi nous concluons, avec grand sérieux : « Oui c’est possible il a pu traverser en une journée, nous pensons que Crin Blanc est sauvé… »

 

Monsieur Germes

 

Le premier jour de classe les enfants attendent longtemps devant la porte pendant que les maîtres préparent les locaux et constituent l’emploi du temps. C’était l’occasion pour nous de se détendre, de se courir après, de jouer à Trappe-trappe, de se bagarrer gentiment. Moi je restais dans mon coin à discuter avec des « élèves sages » et ignorer les « barbares » qu’inconsciemment je désignais comme tels. Je gardais leurs cartables. Je leur rendais ce service avec bonhomie. Je n’avais aucun désir de « défoulements », mon bonheur était ailleurs, dans mes rêves….

Enfin le maître arrive, vêtu de la blouse grise traditionnelle des « Hussards de la République » de l’époque et de son béret. Dés les premiers échanges nous avions compris que nous  l ‘aimerions. Pour chacun de nous il avait un mot gentil. Il plaisantait sur l’origine probable de notre nom, il se renseignait de l’endroit où nous étions nés, cherchait notre origine en écoutant nos accents ( nous étions la plupart de vrais Toulousains). Très strict sur les matières à enseigner, nous étions devenus des « cracks » grâce à lui. Je me souviens encore de ces fameux jardins entourés de trottoirs dont il fallait calculer la surface. Ce n’était pas les robinets qui coulent mais nous n’en étions pas loin !

Mais quelque fois il s’arrêtait et nous demandait de ranger nos affaires. Ah quel délicieux moment ! Nous avions compris que nous avions droit à une pause pendant laquelle notre instituteur allait nous raconter une histoire. Nous étions tous bouche bée, les cahiers fermés, très attentifs…Mais il y avait dans un coin de la classe un petit enfant, tellement chétif qu’il disparaissait derrière son grand bureau, encore plus vigilant que les autres, qui mémorisait tous les moindres détails de la belle histoire que son maître allait raconter. En particulier celle des « 100 jours », le retour de Napoléon de l’île d’Elbe. Monsieur Germès fait tous les personnages, il se déplace à droite et à gauche du bureau, au fond de la classe, il mime les personnages. Il prépare une mise en scène. Il écrit au tableau la phrase que nous devons déclamer ensemble à son signal...

Nous sommes à Paris en 1815, Louis XVIII s’adresse au général Ney, lui demande d’arrêter l’empereur déchu qui a débarqué à Golfe Juan et qui est en train de remonter la vallée du Rhône. Germès prend une voie bourrue pour imiter le général rallié au roi depuis la défaite : « Je le ramènerais dans une cage de fer ! ».

Ney apprend l’arrivée de l’empereur au village de Laffrey. Il décide de le rencontrer là  dans un défilé afin de lui barrer la route de Grenoble.

Changement de décor. A gauche de l’estrade le général rallié au roi et son armée, à droite, Napoléon et sa petite troupe qui l’accompagne depuis le débarquement. Notre acteur improvisé se précipite d’un coté à l’autre pour simuler les personnages.

Napoléon ordonne à ses hommes de mettre l’arme sous le bras gauche ( la grande règle fait bien l’affaire) et s’avance seul face à l’armée de Ney. Celui ci crie « Le voilà, feu!» ( entre-temps notre instituteur s’était précipité de l’autre coté de la salle  en sautant pratiquement à pied joint) . Nous sommes effrayés, nous voyons déjà l’empereur gisant à terre. Mais les hommes ne tirent pas. Napoléon : « Soldats, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi ! ». Puis entrouvrant sa redingote ( la blouse grise faisait un peu pitoyable mais nous avions assez d’imagination pour sublimer cet acte grandiose ) , « Sil est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, il peut le faire. Je viens m’offrir à vos coups ! . A ce moment là, « Maître Germes » désigne ce qu’il a écrit sur le tableau, nous savons que c’est le signal pour que nous intervenions. Nous levons les bras et nous crions « Vive l’empereur »!. En même temps que notre conteur termine en décrivant l’accueil délirant des anciens grognards jetant leurs armes et  l’accolade du général félon avec  son nouveau souverain, des larmes d’émotions me coulent sur mes joues…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le barrage

 

A Villeneuve de Marsan au fond du jardin il y avait un chemin qui nous amenait dans une prairie qu’on appelait « Les Daïmans ». Elle avait la particularité d’être très humide. Cela venait du fait qu’elle était traversée par de multiples ruisseaux qui s’écoulaient rapidement car cette eau venait d’un bois voisin qui était en grande pente.

C’était l’endroit idéal pour faire des barrages. Nous entassions, mon  frère et moi, de gros cailloux que nous allions chercher aux alentours. Mais le courant était trop fort, nous n’arrivions pas à barrer le ruisseau, les flots  jaillissaient de toute part. Nous allons chercher des pierres plus grosses et, petit à petit, on finit par maîtriser le courant. Les deux frères se regardent en souriant « ça y est, on va y arriver ! ». Je m’allonge sur un rocher argileux pour le  faire rouler car il est trop lourd pour le porter. Je m’écroule au pied du barrage….Heureusement, Francis arrête la course de la masse que je poussais et réussis à  colmater  le petit mur que nous étions en train de construire. L’eau s’arrête net de couler…Nous avions réussi ! Nous étions heureux. Nous pouvions nous prendre pour de grands techniciens fiers, de notre travail !

Notre père, qui venait quelque fois nous voir jouer, rajoutait toujours ce commentaire à ses conseils : «  Vous êtes plus ingénieux, qu’ingénieurs ! ». En effet après ce gros travail nous passions à la deuxième phase beaucoup plus technique que sportive : la construction du moulin d’eau. Nous confectionnions des ailettes avec des morceaux de bambous (en abondance dans cet endroit humide) montés autour d’un axe fait à partir d’un morceau de bois qui servait d’axe. Elle se mettait à tourner à toute vitesse dés que nous bloquions ce petit moteur entre deux pierres du barrage…..

 

 

En 1969 je suis en Algérie. Un dimanche après midi je me trouvais au bord d’un ruisseau aux environs de Bouira, en Kabylie. J’étais avec ma future épouse et quelques amis. Quelqu’un a l’idée de faire un petit barrage sur ce petit torrent. Cela permettrait de faire monter le niveau de l’eau dans laquelle nous pourrions nous baigner. Il faisait très chaud et nous avions envie de nous tremper dans cette  eau très fraîche  ( elle venait du sommet du DJUDJURA). 

Nous commençons à traîner les galets qui jonchaient la rivière. Nous étions trois adultes, la construction ne traîne pas. Au bout d’un quart d’heure environ notre piscine rudimentaire est prête. Nous nous allongeons un moment en regardant notre œuvre. Mon ami Jacques qui était ingénieur dans le civil nous dit : « Maintenant il n’y a qu’à faire marcher notre imagination, je verrais bien tourner des turbines pour alimenter un alternateur et produire de l’électricité ».

Je m’allonge de tout mon long sur l’herbe humide…Je ressens une douleur aiguë vers mon côté gauche, insupportable…S’ensuit un ennui profond…Je me sens oppressé…Cette formidable mélancolie semble durer un siècle. Je finis quand même par sortir de cette torpeur. Je rejoins mes amis…

Mais que m’était il arrivé ? Trente sept ans après, je me pose encore la question. Etait-ce le souvenir de mes jeux d’enfant qui ont été réveillés par la réflexion de mon camarade ? Et qu’alors mon être s’est rappelé ces bonheurs intenses que je ne ressentirais plus ? Comme un paradis perdu ? A moins que l’adulte que j’étais devenu, s’aperçoit avec douleur  qu’il ne saura plus rêver comme un enfant….

 

 

 

La jeep

 

Chaque année mon père profitait d’un séminaire parisien de sa société pour rendre visite à sa famille qui habitait dans le Nord de la France.

A son retour, le Lundi matin nous étions réveillés par l’odeur de la brioche de « Mémé de Landrecies » que ma mère faisait griller. Nous nous précipitions pour tremper cette pâtisserie au beurre ( nous n’avions pas l’habitude, à Toulouse, de cet ingrédient qui a toujours été remplacé par de l’huile au tournesol ou de la graisse d’oie) dans notre bol de chocolat. Mon père, en dégustant lui aussi un morceau de gâteau faisait, des éloges sur la qualité de cordon bleu de sa mère. Je remarquais que ma maman dans ces moments là restait dans un coin de la cuisine, l’air pincé. Plus tard j’aurais la même scène avec mon épouse mais aujourd’hui ces subtilités, je les ignorais superbement !

Arrivaient enfin les petits cadeaux que mon père n’oubliait jamais de nous ramener. Il passait par Paris, c’était l’occasion d’acheter quelques babioles.

Cette année là, il ramena une jeep en modèle réduit, mais si petite qu’elle tenait dans le creux de la main. Par contre tous les détails de la vraie voiture existaient. Le petit volant tournait, les quatre pneus avaient les dessins des vrais. Même le levier de vitesse avait à côté, le fameux « crabot » pour escalader les côtes ! Elle était de couleur verte kaki de camouflage militaire.

J’ai aimé passionnément cet objet. Pendant des années je le faisais rouler à côté de mes soldats. J’ai eu souvent des cadeaux, à l’occasion d’examens réussis ou d’anniversaire où ma mère m’achetait de belles voitures en métal « Dinky Toy »  mais elles ne pouvaient jamais remplacer cette jeep. Même mon frère ( le cadeau était pour nous deux) trouvait que mon père aurait pu être plus généreux : cette voiture était vraiment minuscule. Il avait peut-être raison, j’aurais du être déçu que le cadeau fût disproportionné avec la grandeur de l’événement ( le retour du paternel !). Mais pas un instant je n’y ai pensé….

 

L’aronde verte

 

En 1950 notre famille avait fait l’acquisition d’une 202. Cette voiture d’un autre temps nous permettait d’aller à Villeneuve de Marsan ( inaccessible par le train)  à 170 km de chez nous. Je me souviens de sa forme qui ressemblait aux tacots des films de Charlot. La poignée du changement de vitesse ( en ébonite) tremblait tellement que nous évitions de mettre nos genoux trop prés de cette mécanique, nous avions peur de recevoir des coups ! De plus ce tremblement provoquait un bruit sourd dans l’habitacle qui  bourdonnait sans cesse à nos oreilles. Les amortisseurs étaient pratiquement inexistants, nous avions l’impression que les roues étaient attachées directement à la caisse. En sortant du véhicule nous avions le dos fracassé. Les voyages étaient une épreuve et une aventure ( elle tombait souvent en panne).

Un jour, papa nous annonce qu’il a décidé d’acheter une voiture neuve. Après les hourras et cris de joie de toute la famille, quelques commentaires sur les difficultés d’une livraison rapide  atténuent notre enthousiasme. Dans les années 50 il fallait attendre plusieurs mois pour acquérir un véhicule. Et surtout le client n’avait pas le choix de la couleur, SIMCA, (c’était cette marque qui avait été choisie), nous proposait que ce qu’elle avait.

Enfin arrive le jour tant attendu. Nous entendons un grand coup de Klaxon : nous nous précipitons dans la rue, mon père arrive au volant d’une aronde… « verte ». A notre surprise de voir cette couleur inattendue et pour le moins très originale, il nous répond : « C’était la seule condition pour avoir la voiture tout de suite, mais montez dans le véhicule nous allons faire le tour du quartier ! ». Nous nous faisons pas prier pour nous engouffrer dans le véhicule…

Ce tour du Busca par la rue Saint Philomène et la rue Demouille je m’en souviendrais toute ma vie. J’avais l’impression de faire partie d’une famille royale et que nous nous déplacions

dans un carrosse d’or. C’est tout juste si je ne voyais pas la foule des passants nous applaudir !

A l’époque les routes n’étaient pas toute goudronnées, elles étaient alors truffées de trous et de nids de poules. Notre conducteur faisait exprès de rouler dessus : « Sentez la douceur des amortisseurs » commentait-il. Ma mère trouve qu’il exagère un peu trop et lui demande de ralentir : « La voiture est en rodage il ne faut pas trop la bousculer ! » Nous, par contre nous sommes un peu déçu nous aurions  bien aimé une course de « stock cars » . Dés la boucle terminée je lance naïvement : « C’est extraordinaire on peut même se parler… »




LA PAILLE

15 05 2008

LA PAILLE poème d'HENRI DE Julliot qui fut mon parrain.En souvenir de lui, prêtre atypique, missionaire au Caméroun, perofesseur de Français à Douala, génie littéraire, bachelier à 15 ans, poète à ses heures je veux illustrer son plus bel écrit:




TALLEYRAND ET ROBESPIERRE, deux destins opposés mais des hommes de leur temps.

15 05 2008

TALLEYRAND ET ROBESPIERRE, deux destins opposés mais des hommes de leur temps.

 

A Fontaneau, mon professeur d’Histoire du Lycée Pierre de Fermat de Toulouse dont  j’écoutais les cours  avec passion

 

Maximilien Robespierre

 

 

 

Charles Maurice Talleyrand

 

Introduction

 

Peut on trouver dans l’Histoire de France des hommes aussi différents que Charles Maurice Talleyrand « le diable boiteux » et Maximilien Robespierre « l’incorruptible ».

Rapprocher leurs destins semble une gageure…

 

Pourtant ils vivaient à la même époque, ont épousé totalement l’inconscient collectif de ce peuple de France de la fin du XVIII ème siècle qui accouchera d’une révolution..

Barras nous dit même dans ses mémoires qu’ils se ressemblaient physiquement !

Ces deux génies ( bon ou mauvais ?) transforment la société de leur temps. Pensez un instant que ces hommes n’aient pas existé? La France serait peut être  une petite Belgique coincée entre une Grande Bourgogne, l’Occitanie, la Vendée et L’Isle de France ?

 

Mais Dieu! que le jugement de l’Histoire a été injuste pour ces deux personnages !

C’est pour cette raison que j’ai voulu écrire ces deux biographies en comparant sans cesse le comportement de mes héros avec les évènements de cette époque troublée. Evidemment Robespierre meurt plus tôt, en 1794 de façon violente mais on peut imager quel aurait été son jugement ( de procureur !) face à ces évènements,  qu’il avait d’ailleurs prévus. Ils avaient de surcroît cet « esprit Français » hérité du grand siècle que le monde entier nous reconnaît.

 

J’essaie de m’identifier à mes deux personnages. J’ai lu des dizaines d’ouvrages sur la vie de Robespierre;  son enfance et son adolescence ressemblent étrangement à la mienne, sa biographie c’est aussi la mienne dans les premiers temps…Quant à Talleyrand dont j’admire le bilan politique, il a su garder nos frontières après le congrès de Vienne et éviter une guerre civile, c’est ma vie que j’ai oublié d’avoir. C’est celle de mes camarades que je détestais au début de ma vie, que j’essaye de mieux comprendre maintenant. C’est le bien et le mal, Dieu et Satan, le divin et le matériel, Rousseau et Voltaire, Platon et Aristote, Sartre et Raymond Aron tout à la fois….

 

Mais replaçons nous également dans le contexte de l’époque. La vie d’un homme n’a pas l’importance qu’on lui donne aujourd’hui. Bien évidemment l’humanisme qui apparut au XVI ème siècle a adouci les mœurs. Mais elles sont encore cruelles. Une servante qui a volé un torchon est pendue, brûlée vive, marquée au fer rouge .Analysons les paroles de notre Marseillaise créée en 1792 : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Il faut égorger nos ennemis (les aristocrates) et le verser dans les labours ( où poussera le blé, la nourriture de tous les jours, la France est encore rurale à 90%) de nos champs !

 

Je recourrai dans mon récit uniquement aux phrases célèbres de mes personnages que j’essayerai de commenter le mieux possible, pour situer le contexte et les évènements.

La plupart de ces textes sont des extraits de discours ou des sentences cités lors de circonstances extraordinaires . Ces hommes du XVIII ème siècle issus de la petite bourgeoisie ou de l’aristocratie étaient rompus à l’exercice de la rhétorique, cette technique du discours apprise au collège avec des maîtres célèbres. Le modèle incontesté étant Bossuet, rappelez vous la célèbre tirade :  « Madame se meurt, Madame est morte »

Francois Furet et Mona Ouzouf dans « Le dictionnaire critique de la révolution franc aise » nous parle des discours de Robespierre très particuliers, très différent des grandes tirades de Mirabeau , des discours à l’emporte pièce de Danton ou des apophtegmes de Saint-Just : « Eternelles redites, ce délayage, ce retour des mêmes thèmes chaque fois plus développés ». Discours interminables. Ses ennemis parlaient de rebachage éternel et pourtant cette rhétorique monotone provoque l’enthousiasme de l’auditoire jacobin. »Ce n ‘étaient plus des applaudissements, écrira Louvet, c’étaient des trépignements convulsifs, c’était un enthousiasme religieux, c’était une sainte fureur » Le rythme de l’incantation importe plus que la rigueur du raisonnement…..Par la rhétorique Robespierre entraine ses auditeurs hors du temps et des réalités concrètes…

 

Claude Mazauric ( Robespierre, écrits) nous dit : »Cet homme d’état exerce un  véritable magistère de la parole (Patrice Gueniffrey) qui combat et abolit la parole adverse en révélant les travestissements du langage et qui derrière le masque des mots, dénonce la réalité des périls…l’essentiel de la politique n’est pas dans le mot terreur mais dans le recours à la terreur des mots pour modifier les choses.

 

Plus tard,  les Conventionnels s’enverront à la mort pour un mot mal placé, mal interprété…Camille Desmoulins , l’instigateur de la prise de la Bastille, le journaliste célèbre

qui a été le condisciple de Maximilien à Louis le Grand  réclame «  le vomissement des Girondins ( les opposants ) hors du sein de la Convention. Ces paroles entraînent leur mort »….Avaient- ils mesuré le poids de leurs expressions ? (Geneviève Hemmert Edition Ramsay)

 

Ces hommes sont plus que des avocats ou des diplomates mais de vrais écrivains au sens noble du terme , des idéalistes, des créateurs de rêves, des poètes. Saint Just déclarera en pleine Assemblée :

« Le bonheur est une idée neuve en Europe »

 

 Ces phrases ont touché le cœur des hommes de cette époque mais le message est universel et intemporel

 

·        L’ENFANCE

 

 


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MAXIMILIEN ROBESPIERRE

 

 « L’ABSOLU PURETE NE VA PAS SANS DOUTE SANS NAIVETE »

 

Voilà ce qu’il répondait lorsque les gens se moquaient de Jean Jacques Rousseau, son idole. Car, lui aussi,  jeune homme idéaliste, il paraissait un peu ingénu, ses camarades se moquaient de lui…

Essayons de psychanalyser cet homme comme a essayé de le faire l’historien Max Gallo (Histoire d’une solitude). Nous apprenons qu’il est orphelin à 6 ans, sa mère meurt en couche de son quatrième enfant. Son père désespéré ne se remet pas de la disparition de sa compagne, il quitte le foyer et disparaît pour toujours lorsque il  a 7 ans. Il est élevé par ses grands- parents maternels. Son père était un brillant avocat, il le deviendra lui même, son grand père est brasseur, cela lui fera connaître ce milieu social, la petite bourgeoisie, celle des artisans et des négociants. Mais pour Max Gallo l’absence de son géniteur aura un rôle déterminant dans sa vie. D’abord il doit expier la faute de ce père qui a abandonné le gîte familial . Il a de plus, très jeune, de très grosses responsabilités : il doit s’occuper de son frère Augustin et de sa sœur Charlotte. Ceux ci vont le considérer toute leur vie comme leur père ( Les mémoires de Charlotte Robespierre ).

 

Grâce à une pension de l’Etat il est envoyé au collège Louis le Grand à Paris, l’établissement le plus prestigieux de France. Il souffre d’être  traité comme un pauvre. Il a honte de ses habits élimés; ses camarades se moquent de lui. C’est un solitaire. Il se lance à corps perdu dans les études. Ses professeurs l’aiment bien. Un des  leurs est tellement passionné par l’Antiquité qu’il est surnommé « LE ROMAIN ». Robespierre va sans cesse faire des allusions à cette période de la République romaine, c’est le seul modèle à cette époque. Sûrement que les élèves ont dû se moquer de cet élève trop sage qui ne participait pas aux jeux de leur âge. Quand il parlait de ses lectures trop sérieuses pour un enfant , ses camarades devaient pouffer de rire dans son dos, les enfants sont cruels à cette époque de leur vie…

 

 

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Je me sens proche de ce jeune Maximilien. Je me souviens que, enfant rêveur, je ne participais pas à ces jeux endiablés dans la cour de l’école du Busca à Toulouse.  Un des turbulents me demande si je peux garder son cartable. Je réponds par l’affirmative. Quelques instants après je devais avoir une dizaine de sacs autour de moi ! Ah comme ces petits voyous ont du rire et se moquer de ce benêt qui n’avait pas envie de jouer! Lorsque je levais le doigt en classe j’étais tellement sérieux qu’un silence de quelques secondes succédait à mon intervention. Le maître,  toujours un peu effrayé,  essayait de deviner quelle question j’allais poser. Il n’était pas sûr d’y répondre…Les élèves me regardaient un peu comme un extra- terrestre. Je n’étais pas comme eux…

Un jour, un camarade m’accompagne. Je dois annoncer à ma mère que je suis premier de la classe. Il s’appelait Daniel Soulié. Je m’en souviendrai toute ma vie. Ce résultat me contentait mais ne me rendait pas plus orgueilleux. J’étais un élève appliqué et cette récompense était en fait tout à fait normale. Mais ce que je ne savais pas c’est que mes camarades étaient, paradoxalement fiers pour…moi. Je sonne à la maison, dés que ma mère ouvre le portail je vois qu’il se passe quelque chose d’anormal. En fait, elle suit des yeux mon ami qui se cache derrière moi et qui fait des tas de gestes pour annoncer la merveilleuse nouvelle. Au bout d’un moment elle interpelle Daniel : « Mais enfin qu’est ce que tu veux m’annoncer ? ». « Michel est premier ! » lui annonce -t-il. Ah quelle impression de joie, de respect à mon égard reflétait son jeune visage ! Je pense que les moqueries étaient passées, je sentais une curiosité et même une sorte de considération pour mon attitude atypique en classe.

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Je me mets à la place de Robespierre lors de ses premiers discours à l’Assemblée. Sa voix est fluette. Il parle dans le brouhaha des conversations des députés. Un spectateur va l’apostropher car ses discours ressemblent à des sermons. « On n’est pas à la messe ! » dira-t- il ! Certains vont le surnommer « la chandelle d’Arras » en comparaison avec Mirabeau qu’on appelle la « Torche de Provence ». Il va vite remarquer ce mauvais orateur mais qui a une foi et un charisme qui va petit a petit séduire les foules. « Il ira loin, il croit à tout ce qu’il dit » aurait dit Mirabeau. Tout sépare d’ailleurs les deux personnage : Le premier est un provincial réservé, appliqué et chaste, le second est grand seigneur, cynique, sensuel, railleur, violent. Il sera d’ailleurs proche de Talleyrand, son ami dans les premiers temps mais qui confiera à un proche : « Mirabeau était un grand homme mais il lui manquait le courage d’être impopulaire ». Phrase magnifique qui donne déjà un aspect de la complexité de la personnalité de Charles Maurice.

Ses maîtres qu’il admire sont des « Oratoriens », un ordre religieux consacré à l’enseignement, comme dans l’armée il y aura des « moines soldats ». En ce siècle d’amoralité et d’incrédulité ils font exception. Ces prêtres ont été influencés par le « Jansénisme » du siècle dernier. Le pape a condamné cette croyance considérée presque comme une hérésie. Mais l’esprit est resté ( le retour à une chrétienté des premiers âges, le respect d’une vraie morale, le rejet de l’hypocrisie si décriée à la cour du roi, la recherche d’une intégrité absolue et même, au plus loin, de la sainteté ). Les étudiants étudient  les écrits de Pascal, le grand théoricien de cette foi , mais aussi les écrivains plus modernes, Montesquieu, Mably et surtout Rousseau. Ce dernier a une influence qu’il est difficile d’imaginer maintenant. Il séduit ces jeunes gens et leurs maîtres (beaucoup de Conventionnels célèbres seront des anciens Oratoriens) car ils sentent que la Société de leur temps est en train de changer et ils en seront la plupart non seulement les témoins mais également les instigateurs. Quelqu’un parlera « Des mouvements profonds et sourds qui remuent alors le siècle » et du « frémissement des masses ».

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Moi même , à l’âge de Maximilien ( 15/16 ans) j’avais les mêmes aspirations.. Le romantisme des héros de John Steinbeck me touchait profondément le cœur. Lorsque dans « Les Raisins de la colère », mon livre culte, les vigiles frappaient les cueilleurs de fruits en grève, les larmes jaillissaient de mes yeux. Je serrais les poings et je me faisais une promesse à moi même : « Je serai toujours du coté du peuple, des gens humbles ». J’avais choisi mon camp…

Mon éducation chrétienne, j’étais militant de le J.E.C. ( jeunesse étudiante chrétienne) me confortait dans cet idéal. Les prêtres qui nous faisaient l’instruction religieuse étaient très engagés à gauche. Ils n’étaient pas du tout dans la lignée de l’Eglise officielle de l’époque, comme le Oratoriens de cette époque pré-révolutionnaire ! A 25 ans en 1970 je rentrai au Parti Communiste , parcours assez courant des jeunes qui avaient connu mai 68.

Rousseau en 1770, comme Sartre et Camus en 1960, ont été les révélateurs des désirs d’une jeunesse idéaliste qui remet en cause totalement une Société qui crée des pauvres, une aristocratie cynique  ou une grande bourgeoisie égoïste dont le seul souci est l’argent.

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« CE QUI EST IMPORTANT DANS LA VIE CE N’EST PAS D’ÊTRE RICHE ET D’ÊTRE GLORIEUX, CE QUI EST IMPORTANT C’EST D’ÊTRE FIDELE A SOI MÊME, DE VIVRE SELON UNE CERTAINE IDEE QU’ON A » (Rousseau Le vicaire savoyard)

 

Maximilien s’appuiera sur cette pensée toute sa vie. Nous montrerons, qu’à chaque événement, il suivra cette ligne de conduite.

 

Après ses années de collège il étudie le droit. On dit souvent « la fonction fait l’homme ». c’est extraordinairement vrai pour le métier de juriste. Le trait s’accentue chez les gens de grande probité comme l’était notre arrageois.

J’ai toujours été impressionné par ces hommes habillés de noir qui se transforment en procureur l’instant de quelques heures. Ils peuvent décider, sans émotion, d’envoyer un jeune homme en prison pour vingt ans avec aplomb et certitude.

Dans les années 50, nous connaissions un juge du tribunal d’instance de Riom, tribunal très important où plusieurs condamnations à mort avait été prononcées. Ce juriste, chrétien pratiquant, nous avoua un jour que chaque fois, avant la décision de la cour, une phrase lancinante lui traversait l’esprit , le verset de l’évangile où il est dit : « Tu ne tueras point». Je ne pense pas qu’il y avait en France beaucoup de magistrats qui avaient de tels remords lorsqu’ils lançaient leur réquisitoire…

N’ayant fait aucune étude dans ce domaine ,je demande autour de moi quel est le premier livre à consulter pour apprendre le droit . Tout le monde est unanime pour me dire « L’esprit des lois de Montesquieu ».

Dés les premiers chapitres je suis très surpris. J’ai l’impression de lire un livre d’Histoire. En fait, les lois sont fondées à partir de la vie et des coutumes des pays. Cela remonte à l’Antiquité. Qui ne connaît pas bien la « mémoire » de son pays ne peut pas faire un bon juriste . Toutes ces traditions, ces habitudes sont la base sinon les lois ne seraient pas acceptées par la population. Rousseau parlera lui des « droits naturels de l’homme ».

Pour moi il y a déjà une contradiction entre la rationalité des lois et le flou et l’imprécision de leur origine. Mais peu importe cette dernière lorsque la loi est fixée, il faut l’appliquer comme elle a été votée. Sinon comment fonctionnerait une société de droit ?

Lorsque Robespierre, Danton, Brissot, Barnave, Lameth …. parlent il faut, sans cesse, penser que nous avons affaire à des juristes. Lorsque les Conventionnels, le 9 Thermidor, décréteront «  l’Incorruptible » en état d’arrestation, la Commune de Paris voudra lui faire signer un texte proclamant l’insurrection. Il refusera. Il préfèrera la mort à un parjure.

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CHARLES MAURICE TALLEYRAND

 

« CE SONT MES PIEDS QUI M’ONT FAIT PRETRE »(Talleyrand mémoires)

 

Il n’a pas eu une enfance plus heureuse que Maximilien. Dans ses mémoires il se plaint de ses parents qui ne s’intéressent pas à lui. Il sera élevé par une tante, à Bordeaux, madame Chalais. Lui aussi n’aura pas le « sur moi » (expression de Sartre dans « les mots »)  du père. Apparemment il ressent l’affectivité d’une vraie mère et, de plus,  une éducation de grand personnage de l’aristocratie car cette dame est une princesse. « Les nobles du voisinage lui rendent allégeance, les pauvres louange et les métayers respect » raconte- t- il dans ses mémoires.

Son premier chagrin fut de s’apercevoir qu’il ne marcherait pas comme tout le monde. Il naît avec un pied bot. Sa famille en a tellement honte qu’ils inventent une histoire d’accident : sa nourrice lui aurait cassé le pied par accident. C’est l’aîné, il aurait dû normalement embrassé le métier des armes. Son infirmité l’oblige a devenir prêtre. Dans une famille aristocratique un enfant devait nécessairement rentrer dans les ordres. Dans ses mémoires il parle de sa frustration, toute sa vie il en aurait souffert. En réalité ( ses écrits datent de la Restauration) c’est une invention de sa part pour se faire pardonner son reniement en 1792 à la profession  de prêtre.

En 1780 rentrer au séminaire n’était pas une épreuve pour un enfant. Ce n’était pas le cas au siècle dernier pour les enfants de pauvre. Mon père, jean Hannoteaux, peut en témoigner. Sa mère l’arrache à 7 ans de son foyer familial. Il doit quitter ses sœurs qui le laissent partir en pleurant. Arrivé à Blaugies, en Belgique, ( ils habitaient à Origny en Thiérache dans le Nord de la France, un village charmant et le séminaire les plus prés était de l’autre côté de la frontière) Jean éclate en sanglot. Sa mère le prend dans ses bras et lui demande : «  Tu ne veux plus être prêtre ?  » . Jean ne pouvait pas répondre , qu’en fait,  il ne faisait qu’obéir à sa famille. Les psychanalystes expliquent que l’enfant, à cet âge, n’a qu’un seul but, satisfaire ses parents. C’est presque pour lui un geste  de survie pour sa vie future. Il est prêt à faire le plus gros des mensonges pour se présenter comme  un bon fils obéissant. «  Mais, enfin, qu’est- ce- que tu lui reproches à ce séminaire ? » lui répète sa mère. Jean regarde bien dans les yeux sa mère, se retourne vers le bâtiment et lui répond : « parce que les murs sont gris »….

 

Dans le bâtiment où rentre Charles Maurice ( Saint Sulpice dans le 6ème,,,,;,, , actuellement dans le Paris moderne) il trouve les meilleurs maîtres. Son érudition est impressionnante. En plus de l’étude des textes anciens ils apprennent trois langues. Il parlera couramment le Latin et le Grec. La discipline n’était pas pire que celle de Louis le Grand. Au très connu Séminaire Saint Sulpice il était sûr de devenir un prélat de haut rang. C’est là, déjà ,la grande différence avec Maximilien. Dés sa jeunesse ,il attaque la vie, sûr de lui, il croit en son étoile. Il n ‘a qu’un but : « Satisfaire son ambition ». Voilà ce qu’il dira lorsqu’il reviendra en France après les évènements de Thermidor ( la fin de la terreur) :

 

« MAINTENANT IL FAUT FAIRE FORTUNE, UNE IMMENSE FORTUNE… »

 

 

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Adolescent, j’avais des camarades qui ressemblaient à ce portrait que nous décrivent les historiens. Je me souviens d’un,  en particulier, il s’appelait Louis Magne. Au lycée il apparaissait toujours très chic. Il paraissait hautain mais son visage s’égayait dés qu’il nous parlait. Tout le monde avait envie d’être son ami. Il faisait rire, sa conversation était toujours plaisante, intéressante. Il nous racontait  souvent des  courses hippiques, car lui même était cavalier, ses parents avaient un haras. Cela nous fascinait…En classe il était discret. C’était un élève doué , il faisait son travail sans grand effort. Très pragmatique il allait vers nous lorsqu’il avait besoin d’une traduction de latin ou de la solution du problème de math de la semaine. Il paraissait impassible, sans émotion…

 

Une fois , en cours de gymnastique, nous nous retrouvons tous les deux dans le vestiaire : nous avions oublié nos baskets. J’étais un peu en émoi car, jeune homme timide,  je préférais en général l’éviter.

 

Nous avons parlé de nos camarades. Pour lui tout était rapport de force. Jean- Louis, c’était un chic copain car, grâce à  qui  on pouvait aller à la piscine gratuitement. Son père en était le gardien. Henri, c’était un crétin, mais comme c’était un fort en thème il valait mieux l’avoir comme copain pour être à côté de lui, le jour des compositions. Quand à Claude, c’était une grande brute pas très maligne mais qui était très utile dans les cas d’échauffourées !

 

Quand aux filles il utilisait tous les stratagèmes pour les conquérir. Le plus difficile c’était de s’en séparer;   il estimait à 1 mois maximum le délai d’une liaison. Il avait des règles strictes : il faut se méfier des filles trop jolies, ce sont souvent des allumeuses, elles ne veulent pas coucher. Il faut leur dire qu’on les aime, elles sont toutes fleurs bleues…

 

J’étais évidemment effaré par ce comportement mais j’essayais de l’excuser, pensant au fond de moi même que mon camarade jouait un peu la comédie. Entre garçons on joue souvent « les durs ». Cependant j’eus, plus tard, par hasard de ses nouvelles. Il épousa une fille très riche, se lança dans l’import- export. Il menait une vie brillante, trompait allègrement sa femme, le destin des hommes est souvent déjà inscrit  chez l'enfant.

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Mais Talleyrand appartient cependant à une noblesse qui devrait avoir des principes. Elle date de l’époque franque, le Moyen- âge l’a sacralisée avec les chevaliers qui devaient être comme Bayard «  sans peur et sans reproche ». L’Eglise, également, si elle s’est pervertie,  en ce siècle, était différente au  début. Les « purs » voudraient revenir à l’origine de la chrétienté. Saint Vincent de Paul qui est un « juste », pourtant protégé par des princes,  secourt les pauvres gens mais  critique le pouvoir. Les « abbés de cour » se soucient peu de la misère des villes. Le haut clergé s’est complètement déconsidéré. Il y aura, dans peu de temps l’affaire du  « collier de la reine » où un cardinal ( les Rohan, une famille princière) est compromis. Le summum ,pour un homme d’Eglise comme Charles Maurice,  c’est le chapeau de cardinal, faîte des honneurs et de la fortune car l’ordre de l’église est le plus puissant et le plus riche.

Talleyrand le sait, son avenir est assuré. Quelle différence avec son homologue Robespierre !

Il est conscient qu’il est assuré d’une grande fortune mais il n’oubliera jamais les difficultés d’argent de ses parents pendant son enfance. Il envie son oncle qui a une vie aisée et brillante. Il a une revanche à prendre. Toute sa vie il essayera de combler ce déficit….

Destiné à la prêtrise, à cause de son pied,  il voit son frère Archambeau, militaire, se marier à une riche héritière. Ses parents lui donnent la plus grande partie de l’héritage….

 

« QUE TOUT CHANGE POUR QUE RIEN NE CHANGE »(mémoires)

 

Talleyrand n’est pas un libertin. Dans le sens de l’époque. C’est Pascal qui désignait ces gens comme des « barbares », des gens dont le seul but est la recherche des plaisirs et avec qui il est inutile de discuter.

Même ,si c’est par calcul, il incitera toujours les gouvernants à plus de justice sociale, à adoucir les inégalités. C’est peut être son côté « devin » en politique. Il voit plus vite que quiconque les bouleversements sociaux qui vont  arriver. Alors il vaut mieux les faire en douceur. Il dira comme Tocqueville (De le démocratie en Amérique) que la démocratie, la recherche de l’égalité, adoucit les mœurs. C’est le souci constant de Charles Maurice…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

·        L’ENTREE DANS LA VIE ACTIVE. LEUR PREMIER METIER

 

MAXIMILIEN ROBESPIERRE

 

« TOUT HOMME EST OBLIGE DE REPARER LE TORT QU’IL A FAIT A UN AUTRE : cette obligation doit être réciproque entre tous les citoyens….Cette règle sans doute est faite pour les religieux comme pour les autres hommes… »(Plaidoirie de l’affaire Déteuf - aout 1782)

 

Robespierre obtient brillamment  son doctorat en droit en 1781 ( à l’époque on disait qu’il était bachelier en droit et licencié) . Il est admis au Conseil provincial d’Artois. Il est de retour à Arras où il loge dans une maison confortable. Qui ne connaît pas Maximilien pense que ce jeune avocat de province, ambitieux, travailleur va mener une vie mondaine et va jouer un rôle important au Palais et dans la ville.

 

 

 

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Cette maison existe encore à ARRAS . C’est une grosse maison bourgeoise, prés de la cathédrale, rue de la gouvernance. Un jour je dois prendre le train pour Lille. Il n’est pas direct, je dois m’arrêter à Arras et y  attendre plus d’une heure. Je me dis que j’ai le temps de visiter la maison de Robespierre. Je crois un peu comme Alain Decaux (qui a fait aimer la « petite histoire » à des milliers de gens de ma génération) que les demeures restent marquées, éternellement de l’empreinte de ceux qui les ont habitées. N’ayant pas le nom de la rue je demande aux gens s’ils savent où elle se trouve. Ils me regardent tous un peu effrayés. Non seulement personne ne sait où se trouve la maison du tyran mais certains me disent même qu’il n’a jamais habité là, je dois me tromper…. ! Pourtant s’étale le Boulevard Carnot en face de la gare : nous verrons que toutes les condamnations a mort ont été contresignées par le soit disant « Père de la victoire ». Comme l’Histoire est injuste !

 

 

 

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Ses plaidoiries donc ont du succès. On a souvent dit que les Conventionnels étaient au départ des avocats sans cause. C’est pour cela qu’ils se sont lancés dans la Révolution. Certains résument tout cela comme une lutte des classes, façon Karl Marx. C’est tout à fait faux pour Maximilien, c’est peut être vrai cependant pour Danton.

Il défend le propriétaire d’un paratonnerre, un de ses voisins a porté plainte. L’avocat Robespierre gagne le procès avec panache, il représente les idées nouvelles. Cela plait aux « Robins » , cette noblesse de robe acquise aux idées nouvelles. Même de Beaumetz, le futur député de la noblesse d’Arras, l’encourage dans cette voie.

Mais Maximilien est insensible aux flatteries. Dans l’affaire suivante, il prend fait et cause pour Clémentine Déteuf, dont un moine accusait le frère de vol pour se venger d’avoir été éconduit. Il s’attaque à toute la communauté des moines de l’Abbaye d’Anchin, l’une des plus puissantes dans le nord du royaume. Il suggère que dans ce monastère qui est « un asile consacré à la Religion et la vertu » les mauvaises mœurs des moines étaient notoires !

Il demande des « dommages et intérêts » à l’Abbaye car dit -il, citant Montesquieu : « je  ne vois pas pourquoi cet ordre( l’église) serait  exempt de la loi qui doit être la même pour tous ». En fait il se sert de la tribune du barreau pour s’adresser à l’opinion publique, pour faire connaître ses propres idées de réforme !

 Petit à petit, on se détourne de lui, on ne lui confie plus que quelques causes à défendre, cet avocaillon sent le souffre ! Il sacrifie sa carrière  à ces principes appris chez Rousseau, sa règle de vie tient dans cette cette maxime qui doit revenir  sans cesse dans sa tête :

 

« ÊTRE FIDELE A SOI MÊME, VIVRE SELON UNE CERTAINE IDEE QU’ON A… »

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J’ai été souvent confronté dans ma vie professionnelle à ce dilemme. J’ai été chef de service dans les années  80 dans une grosse société d’Informatique. Notre directeur, il s’appelait Pierre Letrou, fait le point sur le chiffe d’affaire du mois. Après les concertations classiques sur les stratégies à mener ou les prévisions de ventes nous sentons qu’il a quelque chose d’important à nous dire. Il avoue, sans un certain gêne, qu’il doit se séparer de son meilleur collaborateur ( absent curieusement ce jour là). Il s’appelait Gérard Jonmarie. Il lui reprochait des erreurs de gestion et, plus grave,  une absence totale de conscience professionnelle. Il ne s’investissait plus comme auparavant dans l’entreprise. En réalité tout le monde savait qu’il ne s’entendait plus avec ce collaborateur car la chef du service commercial était devenue sa maîtresse. Il ne pouvait pas admettre cette liaison. Pour lui,  cela interfèrerait forcément dans son travail. Tout le monde a acquiescé. Je suis révolté….je suis prêt à intervenir… le frère du patron qui s’appelait Georges, qui m’aimait bien me prend le bras. Doucement il me susurre « T’en mêle pas, Michel ». Gérard était mon ami. Je le trahissais. Je sors du bureau, blanc comme un linge. Combien d’années j’ai été tourmenté par cette déloyauté ! La plupart des cadres de cette entreprise étaient des autodidactes, sans diplômes, formés sur le tas, il fallait un sacré courage pour s’opposer au chef de l’entreprise !

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LE VERITABLE MOYEN D’ANEANTIR LES ABUS QUI CAUSENT LES MALHEURS PUBLICS EST D’ALLER DROIT AUX SOURCES …..LES VICES DU GOUVERNEMENT( A la nation Artésienne)

 

Mais Robespierre en 1788 a une belle occasion de revanche. Il rédige un « Appel à la nation Artésienne » qui est en quelque sorte son programme pour se présenter comme représentant aux Etats Généraux. La Bourgeoisie d’Arras le rejette, son programme est trop révolutionnaire, c’est la corporation des savetiers ( des artisans qui se nommeront rapidement  les « sans culottes », pour s’opposer à la grande bourgeoisie et qui seront bientôt la plus forte clientèle de Robespierre) dont il rédige le cahier des doléances.

Maximilien est nommé député aux Etats Généraux.

 

 


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CHARLES MAURICE TALLEYRAND

 

« NOUS N’OUBLIERONS JAMAIS CE QUE L’ON VOUS DOIT : VOTRE NOM SERA PRECIEUSEMENT CONSACRE DANS SES ANNALES » (Le clergé de Bourg en Bresse)

 

 

De 1780 à 1785 il va avoir la fonction d’agent général du clergé qui dépend du « Comité des affaires ecclésiastiques ». Il distribue l’argent collecté (la fameuse dîme et les loyers des domaines appartenant aux évêques) aux prêtres et aux abbayes. Il faut se remettre dans la situation  de cette époque. Le clergé détient en valeur le quart des propriétés du royaume.

 

Il prend au sérieux les affaires dont il aura la charge. Il essayera même de mettre un peu de justice dans les affaires de l’Eglise. La part des revenus allaient à 90% aux hauts prélats, archevêques et cardinaux. Il essayera d’augmenter les salaires des prêtres. Ils en seront éternellement reconnaissants ! Dés ces années là, nous voyons un Talleyrand réformateur : sa devise sera toujours :

« Réformer pour mieux conserver ». ( Emmanuel de Waresquiel)

 décidet-elle de vendre les Loteries Royales dont le clergé était propriétaire.  Comment l’Eglise « protectrice de la grande morale » pouvait garder cette institution                                    ? Comme il était facile pour les Philosophes ( D’Alembert, Diderot….) de railler, attaquer ! Sa deuxième devise pourrait être :

« Céder pour subsister » ( Emmanuel de Waresquiel)

Elevé dans le sérail de la diplomatie, il fréquente Choiseul, le ministre  des affaires étrangères ( c’est lui l’instigateur du rapprochement avec l’Autriche, qui arrange le mariage avec Marie Antoinette) , plus tard Calonne, le chef du gouvernement .Ce passage à un service d’Etat sur les finances sera pour lui un très bon apprentissage.

Le voilà avec un revenu de  dix-huit milles livres ( 72 000 euros actuels environ) , il court les salons bien plus qu’il ne hante les églises, il collectionne les maîtresses. Ce n’est pas seulement par sensualité.  Les femmes lui seront très utiles dans sa vie politique. Il a toujours besoin d’argent, il mène grand train de vie, de plus c’est un joueur de cartes invétéré…..

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Lorsque j’ai été embauché, dans les année 70 dans une grosse société d’informatique, elle s’appelait « NIXDORF COMPUTER », j’ai tout de suite eu  une aversion pour un service qui me paraissait non seulement inutile, mais de plus moralement scandaleux : celui des commerciaux. Je me posais cette question naïve :Pourquoi les clients ne s’adressaient-ils  pas directement aux techniciens ? Les commerciaux n’avaient qu’un but, leur commission sur les ventes. Ils étaient prêts à dire  les plus gros mensonges, à s'abaisser aux  plus basses flatteries pour arriver à leur fin. Les prémices de la vente se faisaient souvent autour d’une table de restaurant. Les représentants avaient la réputation d’être des « bons vivants ». Lorsque nous montrions les logiciels aux clients, il fallait être complice, il y avait des choses à ne pas dire….Quelque fois nous étions exaspérés par leurs comportements, de plus, c’étaient nous qui nous occupions du client dans le cas où la vente était conclue. C’était difficile souvent de rétablir la situation, de redevenir crédible . En politique je pense que cela est un peu la même chose, le candidat vend son message électoral au peuple. Pour se faire élire, certains sont prêts à toutes les compromissions. Chez I.B.M., chez qui j’ai travaillé dans les années 90,  ils étaient tellement conscients que le commercial exagérerait dans ses ventes qu’ils les changeaient de secteur tous les trois ans. Ils avaient peur qu’il s’attache au client, qu’il tisse avec lui  des liens de sympathie. En effet tous les ans ils devaient persuader le client de changer d’ordinateur. Il y avait toujours des arguments puisés dans les réunions hebdomadaires avec le chef de vente : Le nouveau ordinateur fera gagner du temps, des fonctionnalités ont été rajoutées au logiciel, les pannes sont moins fréquentes…Mais l’argument le plus utilisé était : « vous avez une machine désuète » ou « votre concurrent a changé, pourtant il fait moins de chiffre que vous…. ». Déjà le client avait acheté un I.B.M. pour le prestige, il ne voulait pas maintenant avoir l’image d’un chef d'entreprise dépassé !

Pourtant j’ai connu des commerciaux qui n’ont pas voulu joué le jeu.

Je ne saurai jamais si c’est par calcul ou par bonté d’âme. Je me pose la même question pour Talleyrand.

Dans le privé la concurrence était très dure dans les année 87/88 sur  le marché des P.M.E. Le géant I.B.M. avait du mal à concurrencer des constructeurs qui s’étaient spécialisés dans ce domaine. Le plus fort était DIGITAL, I.C.L. , NIXDORF, BURROUGH…Tout le monde lançait sur le marché le disque dur qui était encore dans ses prémisse pour les petites entreprises car trop cher ! I.B.M. sûr de sa notoriété, de sa puissance ( il a toujours été le numéro 1) décide de lancer à la vente une machine à disque souple ( appelée FLOPPY) le R2E. Pour, nous, techniciens, c’était un retour en arrière. Mais peu de clients sont au courrant des dernières nouveautés . Et puis, comme disaient toujours les commerciaux : « Cela n' a aucune importance ». Les PDG de société veulent simplement des machines qui marchent…Et puis qui mettra en doute le savoir faire d’I.B.M. ?

Evidemment cela marche, dans chaque agence I.B.M. les trois quarts du parc de machines est changé. Tout est pour  le mieux dans le meilleur des mondes !

Pourtant, dans mon secteur ( celui de la région Toulousaine) aucune vente. Le commercial Henri Brasu demande à ses clients d’attendre. Il fallait une sacré force de caractère pour s’opposer aux décisions du siège. Un nouvel appareil va apparaître l’année prochaine ( ce sera l’IBM 36) beaucoup plus performant, pas plus cher que le R2E mais lui, avec disque dur. Cela fait un coup de tonnerre  dans l’immeuble Sully de la place Saint Georges ! Mais Brasu n’en démord pas : il ne vendra pas des R2E. Le Big Boss ( l’administration de ce grand fabricant d’ordinateur est calqué sur les USA) le menace de renvoi. Déjà un quart des ses clients sont passés à la concurrence. Il hésite cependant. Henri que tout le monde apprécie, est le meilleur commercial. C’est lui qui a fait l’an dernier le plus gros chiffre d ‘affaires de l’agence. Il a toujours mené une vie de patachon, il a complètement raté sa vie sentimentale et sa vie familiale. Tous les week-end il est aperçu avec une nouvelle maîtresse au volant de sa superbe FERRARI testa rossa ! Mais cela ne nous regarde pas…disait toujours le chef de vente. Même je pense que dans l’esprit de beaucoup de gens un bon vendeur doit être noceur !

Non seulement Henri resta dans l’agence mais il put assister au désastre que la décision d’IBM avait provoqué. Un an après, tous les commerciaux furent obligés de changer les R2E incapables de rivaliser avec les ordinateurs concurrents. Il durent faire de grosses remises, mais le fiasco était trop fort, la concurrence avait trouvé le vert dans le fruit. IBM ne s’en remettra jamais, il perdait le monopole des petites entreprises. ( cela s’accentua avec l’arrivée des PC).

J’interrogeais quelque années plus tard Henri qui avait quitté « BIG BLUE » et était devenu chef d’agence de MAI, un constructeur de mini ordinateur, sur cette aventure. Il m’avoua que sincèrement il l’avait fait pour ses clients. Comment, me confia t il après avoir vendu ce « nanard »( expression des informaticiens pour désigner une machine obsolète) pouvais je retourner chez mon client, la tête haute ,pour lui dire un an après : «Il faut changer votre machine, allons voir votre banquier, il faut faire un nouveau prêt ( les ordinateurs étaient vendus en général en leasing) »

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Continuons la comparaison : Talleyrand aimait il le peuple ?


En 1788 il est nommé Archevêque d’Autun . C’est une décision ( le pape ne désigne pas directement ses prélats) qui passe par le Roi de France. Louis XVI aurait dit « Cela le corrigera ». c’est peut être une légende mais cela correspond bien à cette  fameuse réputation de débauché qui commence à poindre.

En Aout 1788 c’est la convocation des Etats Généraux. Talleyrand sent qu’il faut tirer parti de cet événement. Pour se faire élire député il part

« d’une idée simple qui sera celle de toute sa vie, celle de la force de la nécessité et del’utilité en politique » (Emmanuel de Waresquiel).

 Il dit simplement :

« Les bourgeois doivent être enfin comptés pour quelque chose parce qu’ils ne sont toujours rien et qu’ils représentent le plus grand nombre ».

Ces arguments auront un retentissement extraordinaire. 

Le 12 Avril 1989 il est député de son clergé d’




SOUVENIRS D'ENFANCE

15 05 2008

 

L’ENFANCE                                     A mon frère qui a été à cette époque de ma vie mon éternel compagnon de jeu.

 

« Milan pense qu’on ne vit que l’enfance ; après on s’organise, on s’arrange, on s’ennuie.

Plus les années passaient, mois il arrivait à s’extraire de son enfance, de son adolescence. Il comprenait qu’elles sont les méduses : si on les fixe des yeux, elles vous vous changent en pierre. Il s’était mis à regarder derrière lui et sa tête s’était bloquée, il n’arrivait plus à regarder devant. » (Patrick Besson dans « Accessible à certaine mélancolie »)

 

Nous étions dans les années 50 une famille heureuse. Je me souviens de ce bonheur de me retrouver avec  mes parents,  mon frère,  ma sœur, les Dufour,  les amis de la famille. Mon frère me dit maintenant que c’était un bonheur un peu mièvre, mélangé de mélancolie.

Pour moi pas du tout….

Cette vie d’enfance, c’était la vraie vie. La réalité et la fiction se mélangeaient, se reflétaient comme dans un miroir. Chez les adultes il n’y a que le poète qui ressent encore cette impression.

Certains vont penser que j’avais une vie douce d’enfant de la petite bourgeoisie toulousaine. Je n’étais pas du tout un enfant gâté. Je travaillais dur à l’école. J’étais même un élève sérieux, anxieux, ténébreux même. Je m’isolais souvent pour lire des « BD » de mon âge, négligeant les jeux avec mes copains ( de ce côté là mon frère ne me ressemblait pas). Car mon esprit d’enfant passait très facilement de son monde à lui au monde rêveur des livres. C’était d’ailleurs très souvent le même.

 

La voiture cassée

 

 

J’avais cinq ans je crois et j’attendais avec impatience le moment le plus important de l’année : les jouets de Noël. Ah quelle surprise, prés de nos souliers , prés de la cheminé, nous apercevions un cadeau royal : une voiture à pédale . Ce genre de jouet nous ne pensions jamais le recevoir. C’était un jouet de riche et nous savions ( sans chercher les raisons) que le père Noël faisait ses cadeaux en fonction de la catégorie sociale de la famille de l’enfant.

Mais cette voiture était toute cabossée…Nous faisions une triste mine. Alors nos parents nous donnent l’explication : le père Noël a fait une fausse manœuvre, elle est tombée dans la cheminée ! Cette interprétation nous convenait très bien. Nous ne pouvions pas en vouloir à notre bienfaiteur. Ce véhicule enchanta nos jeux plus de deux ans !

 

Le téléphone magique

 

 

La modernité arrivait à toute vitesse dans les années 50. Mon père nous annonce qu’il peut maintenant utiliser un téléphone dans son bureau. Il a même appelé mon grand-père, Papé.

 

Ce fut un grand événement dans le village de Villeneuve de Marsan. Avec notre voisin, un restaurateur qui s’appelait Labeyrie, nous faisons venir François, mon grand-père. Le patron a tourné une manivelle pour appeler l’opératrice et tout le monde  voulait écouter la voix nasillarde de mon père….. Un jour il nous avait  dit :  «  Pourquoi ne pas utiliser cet instrument moderne pour faire vos commandes au Père Noël » ? Nous avons trouvé cette idée géniale. Nous lui avons apporté aussitôt nos listes déjà inscrites sur des morceaux de papier.

Dés le lendemain de l'entretien de mon père avec le père Noël nous avons le commentaire de  ce coup de fil . « J’ai eu beaucoup de mal à avoir le ciel », nous dit-il. « Cela grésillait beaucoup mais enfin la voix bourrue du vieil homme Hiver s’est fait entendre. J’ai donc commandé tous les jouets. Il n’y a que pour le train électrique qu’il n’est pas sûr. La communication devenant de plus en plus difficile j’ai dit que je rappellerais demain .» …

Mon frère et moi étions fascinés. Nous jetions de temps un temps un coup d’œil vers ma mère pour voir si elle y croyait. Nous avions quand même un petit doute. Comme elle ne bronchait pas nous pensâmes que c’était vrai : papa avait bien communiqué avec le ciel.

 

Le camion de pompier

 

 

Les jouets avaient pour nous une importance considérable. Nous habitions au Busca, un quartier tranquille, pas très loin du centre. Mon frère et moi nous passions en revenant de l’école devant un magasin pour enfants et évidemment nous restions chaque fois plus de 5 minutes à admirer tous ces objets fabriqués à notre intention. Mais il y en avait un que nous regardions plus particulièrement : c’était une semi-remorque de pompier de couleur rouge. Pourquoi ce jouet ? Parce que,  peut être,  comme il était le plus  gros,  il nous paraissait le plus prés de la réalité et que les pompiers ont toujours fasciné les jeunes enfants. Ce sont un peu les cow-boys des temps modernes. Ils sont courageux, ils affrontent avec audace les flammes et sauvent des gens. Les  pièces qui constituaient  le camion étaient nombreuses et de qualité :  double pneus, le tuyau en caoutchouc qui se déroulait et enfin la fameuse grande échelle rétractable. Bien sûr son prix était exorbitant. Mais nous ne demandions même pas à ma mère si c’était dans nos moyens. Nous savions que l’achat était impossible. Tout cela resterait un rêve et c’était mieux comme cela…

 

Le train

 

 Un jour,  il y avait une grande réunion familiale à la maison. Enfant taciturne et rêveur, je restais dans la cour. J’avais d’ailleurs renoncé au dessert, je n’avais jamais un très grand appétit à cette période de ma vie. La porte étant grande ouverte, une idée me vient tout de suite à l’esprit. Je vais aller regarder passer les trains….

Les locomotives ( à vapeur à cette époque) et leurs chapelets de wagons me fascinaient. J’adorais,  comme tous les enfants de mon âge,  cette grosse mécanique qui s’emballait avec ses gros pistons et qui crachait une grosse fumée blanche. Je franchis deux ou trois rues et je m’installe devant le pont de chemin de fer ( actuellement celui du Pont des Demoiselles). J’attends le premier train. Il arrive enfin,  tout vociférant. Quel bonheur! Je ressens le tremblement de tous ses wagons, je me sens étourdi par son bruit sourd. Je ne manque pas un détail de chaque wagon, qui arrivent,  interminables. Je fais signe aux voyageurs. Après la dernière voiture, un silence de mort. J’attends encore 5 minutes, 10 minutes... Mais je ne m’ennuie pas,  espérant toujours voir un nouveau bolide. Par contre, chez moi,  c’était le branle bas de combat. Ma mère, qui est la première à s’apercevoir de ma disparition,  alerte tout le monde. Mon père et ses amis se lancent à ma recherche dans le quartier.

Au bout d’une heure environ je vois arriver mon père. Il me regarde avec douceur, sans animosité ( lui-même s’était-il à ce moment là rappelé ses escapades d’enfant ?) et me dit simplement,  tout étonné : « Mais que fais-tu là ? », Je lui réponds tout naturellement : « Je regarde le train, papa »….

Je ne comprenais pas le monde des adultes. Ou plutôt il était « à part ».

 

 

 

 

 

 

 

 

L’île aux enfants

 

 

Derrière la maison il y avait un peu de terrain et mes parents nous avaient donné le droit de l’utiliser à notre guise. J’avais décidé de construire ce que j’appelais « une île ». Comme j’étais l’aîné je demandais à mon frère de participer au jeu. Il consistait à construire une ville miniature pour soldats de plomb sur un petit talus de terre. Elle aurait ses maisons ( disons plutôt cabanes), ses routes, son pont-levis puisqu’elle serait entourée d’un fossé rempli d’eau. On mélangeait le 20 ème siècle et le moyen age. Il y avait un groupe de soldats dans chaque maison. Ceux ci provenaient de cadeaux d’anniversaires ou de récompenses à de très bonnes notes à l’école. Ils étaient très disparates, certains même n’avaient plus de couleur ou étaient cassés. Mais c’est ce qui faisait leur charme. J’avais un cahier sur lequel j’avais noté le nom de chacun. Sur les routes circulaient les petites voitures Norev ( en plastique) et Dinky Toy (en acier). Tout en tenant,  d’une main,  nos soldats,  nous engagions de grandes conversations ( copiées la plus-part du temps sur celle des adultes). Notre voisine, Madame Berger, nous surprit, un jour, en pleine action. Elle relate le fait à ma mère. Elle était stupéfaite : elle avait l’impression de voir jouer deux acteurs dans une pièce de théâtre !

 

L’aérodrome

 

 

Il y avait dans notre jardin du Busca du matériel entreposé qui était un trésor pour les enfants : des planches, des tôles, des caisses en bois, des clous rouillés et  quelques outils. Un jour je décide de construire avec mon frère un aérodrome ! Pas moins que cela!

Chaque avion sera formé d’une grande planche épaisse pour le fuselage, une plus longue, large et aplatie pour les ailes. Les queues seront construites avec les petits morceaux de bois provenant  des déchets de la découpe des grandes planches qui étaient éparpillées sur tout le jardin.

La fabrication fut assez rapide, un seul gros clou faisant l’assemblage. Nous avions donc une vingtaine d’aéroplanes disséminés dans le grand jardin.

Le travail terminé,  nous nous installons sur le perron de la maison. Nous dominions notre ouvrage sur quatre marches de hauteur. Et nous nous mîmes à attendre. A attendre quoi pensez-vous ? Eh bien tout simplement que les caravelles, qui nous survolaient, voyant notre aérodrome, penchent leurs ailes, et descendent chez nous pour atterrir. Dés qu’on en voyait une  on criait, on agitait les bras . Nous avait-elle vus ? Mon frère m’affirmait qu’elle commençait à tourner. C’est sûr, elle allait atterrir..

 

Le capitaine

 

Je rêvais toujours de voyages, de bateaux, de pays exotiques. Mon métier sera donc:  Capitaine de bateau. Je décide de construire une embarcation dans le jardin. J’arrive même à former un pont grâce à des grandes plaques d’acier données par des voisins. Je récupère une casquette d’officier de marine chez notre propriétaire ( mademoiselle Calvet), une vielle dame qui habitait au premier et qui avait toute une armada de vieux couvre chefs. Les costumes seront de vieux pyjamas que nous avait donnés ma mère.

Le chef c’est moi, mon frère c’est mon matelot. Je lui demande de laver le pont. Il refuse. Je lui dis : « Si plus tard mes hommes ne veulent pas laver le pont, je le ferais moi-même ! ». Je me lance sur une grande planche simulant le pont et je me mets à frotter avec une vielle serpillière trouvée à la cave !

 

 

 

L’oiseau

 

 

Un moineau, tombé du nid, s’était égaré dans notre jardin. Nous l’entourons de tous nos soins. Nous lui construisons une petite maison garnie de paille. Tous les matins nous allions le caresser. Un jour nous trouvons l’animal couché sur le flan. Il était mort. Aussitôt des larmes coulent sur nos joues, quelle tristesse..Mais une idée me traverse l’esprit : cet oiseau est mort parce qu’il n’avait pas sa mère. Construisons une petite hutte que nous allons percher sur un arbre. Sur le sommet accrochons quelques plumes arrachées à son corps. La mère sera attirée par ce montage. Comme c’est elle qui a fait naître ce moineau, elle le guérira, ou plutôt en terme d’adultes : elle le ressuscitera. Mon frère a l’air enchanté de mon idée. La construction de la boite en bois où nous enfermons l’oiseau prend toute notre attention et du même coup fait oublier notre chagrin. Le travail fini,  nous attendons,  nous nous cachons pour apercevoir l’oiseau- mère. Plusieurs jours après,  Francis m’appelle : « L’oiseau a bougé ». Je lui souris, son visage s’illumine. Ce mensonge qu’il avait inventé pour me faire plaisir, il l’avait déjà oublié : « Maintenant il vit ! »…

 

Le mensonge

 

 

Lorsque les enfants deviennent cruels, c’est souvent la faute des adultes.

J’avais une institutrice au CP qui s’appelait madame Bon, qui était l’exemple même de la méchanceté. On avait l’impression qu’elle avait un plaisir masochiste de punir les petits. Elle les mettait sur l’estrade, les giflait et quelque fois, « comble de honte »,  les déculottait devant nous ! Celui qui avait la primeur de la désobéissance et de la polissonnerie s’appelait Rossa. D’ailleurs elle lui disait : «Tu portes bien ton nom, en espagnol : rossa, c’est un mauvais cheval ».

Un jour en courant dans la cour, je tombe. Je me fais assez mal. Tous les surveillants m’entourent et au lieu de s’occuper tout de suite de ma blessure me demandent : « Qui t’a poussé ? ». J’avais l’impression qu’il fallait que je leur réponde : « Rossa ». C’est ce que j’ai fait…

On m’amène à la pharmacie, on me met du mercurochrome, on me panse. Me voilà revenu en classe où je raconte par le détail les circonstances (fausses) de l’accident. Devant moi, devant le tableau noir mon camarade que j’ai dénoncé se fait « rosser ». Pas un  regard vers moi. Il avait tellement l’habitude d’être la tête de turc de la classe, alors une fois de plus ou de moins !

 

Les riches

 

 

Mes petits soldats je les alignais sur le perron de ma maison. Il y avait l’empereur sur son cheval ( les magasins de l’époque étaient très bonapartistes), une dizaine de fusiliers marins datant de la dernière guerre, quelques grognards, quelques Saint-Cyriens avec leurs plumets, des cow-boys avec leurs lassos et enfin des dépareillés, dont un que j’appelais « L’Obus » car il portait cet objet dans ses bras. Je les rangeais en groupe, organisait des batailles. Mais je n’en avais jamais assez. Simuler la bataille d’Austerlitz avec si peu de guerriers, ce n’était pas sérieux ! Je supplie souvent ma mère, en passant devant les magasins de jouets,  de m’acheter quelques guerriers pour augmenter mon effectif…..

Un jour, alors que je regardais par la fenêtre du premier étage, qu’elle ne fut pas ma surprise de voir mon petit voisin aligner son armée miniature, sur sa terrasse,  composée de plusieurs centaines de soldats ! Le spectacle était magnifique, en plus du fait que les militaires étaient correctement alignés, ils étaient tous rigoureusement neufs, la peinture brillait sur ces objets récemment sortis de leurs boites !

Cela ne me provoqua nullement une crise de jalousie, syndrome dont les psychiatres auraient analysé avec frénésie dans ma vie future ( je les vois bien me dire : «  Voyez,  tous vos problèmes viennent de vos frustrations d’enfance). Je trouvais tout à fait normal que les petits enfants de riche ( ses parents étaient docteur) ne vivaient pas comme nous. Par contre j’avais remarqué une chose, qu’enfant,  j’avais déjà analysé : « Ils n’allaient jamais dans la rue avec les copains, ils n’avaient pas cette liberté, ils s’ennuyaient…. »

 

 

Zoumba

 

 

Nous avions un chien que nous appelions Zoumba. C’était un gros saint Bernard croisé d’un chien loup. Son pelage ressemblait à celui d’un mouton. Mon frère s’endormait le soir en suçant le pouce sur sa fourrure moelleuse. Dés qu’il s’endormait l’animal se retenait presque de respirer pour ne pas déranger son petit maître. Cependant ce n’était pas un chien de garde, il n’avait aucune agressivité. Pourtant un jour notre brave toutou se transforma en loup ( était ce un souvenir des gênes de ses lointains ancêtres ?).

Nous étions en train de jouer au cow-boy avec nos petits voisins. Comme d’habitude il y avait deux groupes,  les policiers et les voleurs . Nous utilisions des pistolets en bois plus vrais que nature et Gérard Cournède,  un de nos petits voisins, fait un geste menaçant vers mon frère. Que s’est il passé dans la tête de Zoumba ? L’animal pense que son maître est en danger, il saute sur le poignet de l’attaquant et enfonce cruellement ses crocs.

Heureusement que Zoumba n’a pas trop enfoncé ses dents, elle a quand même ménagé notre petit copain. Quelques gouttes d’alcool et de mercurochrome suffirent à guérir la plaie.  C’était un avertissement. Nous avions en fait dans la maison un véritable protecteur des enfants…

 

 

 

 

 

La chanson

 

Mes voisins animaient une émission de radio. Tôt le matin ils faisaient écouter des chansons à la mode, interprétées par des enfants. C’était un peu l’émission de Jacques Martin de l’époque. Par contre c’était en direct, vous allez voir que cela aura une grande importance dans mon récit.

Un jour donc ils demandent à mes parents si Geneviève, qui était un peu la dégourdie de la famille, pouvait venir à la maison de la radio ( à l’époque, à Toulouse, aux allées Jean Jaurès) pour interpréter la chanson de son choix. Ma famille acquiesce avec enthousiasme ! Savoir que sa fille allait être écoutée par des millions de gens sur toute la France, c’était un rêve. Les adultes,  dans ces cas là,  prennent toujours les choses en main. Mon père avait décidé que la chanson que Geneviève préférait c’était : « La Petite Diligence. » Texte poétique, musique entraînante, air à la mode,  tout pour faire une magnifique prestation. Par contre,  apprendre par cœur toutes les strophes ce n’était pas une mince affaire. La journée,  ma mère la faisait réciter, le soir mon père vérifiait qu’elle prononçait bien les mots, qu’elle ne se trompait pas dans le texte, que l’air était juste. Combien de fois nous avons entendu notre sœur chanter, rechanter, lire, relire sa chanson !

Enfin le grand jour arrive. A cette époque on ne savait pas trop faire les enregistrements différés et les play-back ! Mon père amène notre chanteuse en herbe dans son aronde ( je me souviens elle était verte, à l’époque on n’avait pas trop le choix sur les couleurs !). Mes grands-parents étaient prévenus. A Villeneuve de Marsan,  ils s’étaient réunis avec quelques voisins pour écouter leur petite fille à la TSF. Le chroniqueur commence par présenter la petite fille et lui demande qu’elle chanson elle va interpréter. Ma sœur ne dit rien, elle est très intimidée. Pour détendre l’atmosphère il lui souffle : «  c’est bien la Petite Diligence que tu as apprise…c’est une très belle chanson ! » Et tout à coup Geneviève s’enhardit, regarde l’adulte dans les yeux et se met à réciter à toute vitesse : « Une souris verte, qui courait dans l'herbe, je l'attrape par la queue … »

Tout le monde est stupéfait ! Mon grand-père, à 200 km de là, rouge de honte, quitte aussitôt le groupe qui écoutait avec indulgence cette comptine d’école, qui était, en fait,   plus adaptée à son âge,  claque la porte et se réfugie dans la cuisine….

 

Les châteaux de sable

 

Chaque année nous allions à Mimizan-plage. Je ne me séparais pas de mes jouets que j’entassais dans le coffre de l’aronde. Ce qui changeait, lorsque je déployais mon armée de soldats de plomb,  c’était que je les posais sur le sable que j’aimais caresser ; il était limpide et blond. Sa matière meuble me permettait de creuser facilement des routes et des tunnels. Tous les après midis nous allions sur la plage qui était à quelques centaines de mètres de la villa que mes parents avaient louée.

 Avec mon frère nous nous en donnions à cœur joie. Nous devenions de grands architectes, nous construisions des châteaux ou  nous creusions des puits pour créer des petites piscines avec l’eau de mer. Nous bâtissions également un monticule sur lesquels nous nous hissions en attendant que la mer détruise notre refuge . Nous unissions  nos  efforts pour empêcher l’eau de démolir la forteresse que nous avions construite à marée basse, mais au bout d’une heure environ,  la mer avait repris ses droits, malgré nos efforts désespérés il ne restait plus rien de notre ouvrage  bâti avec tant de peine.

Un jour,  cependant, je persiste à rester sur les derniers débris de notre édifice malgré l’arrivée des vagues. Je me prends pour le capitaine Némo dont j’avais admiré le personnage dans le film « 20 000 lieux sous la mer ». Mon frère, Francis, stupéfait et admiratif à la fois, prend cependant ses jambes à son cou, il n’avait pas envie d’être enseveli par les vagues, qui, à cet endroit, étaient particulièrement menaçantes. Je fais le salut militaire en criant :«  Un capitaine ne quitte jamais son navire » Francis, très impressionné par le spectacle de son frère parodiant l’acteur du film, appelle ma mère et ma sœur qui étaient plus haut sur la plage. Il les voit riant ensemble de bon cœur. En se rapprochant il s’aperçoit, qu’en fait, elles étaient en train de lire une bande dessinée de Marie Claire qui les faisaient s’esclaffer. Ah! Comme nous étions vexés et dépités ! Nous n’y reprendrons plus à mêler nos jeux avec les adultes !

 

La panière à pain

 

 

Lorsque nous étions en vacances  au bord de mer, il n’y avait pas que le domicile qui changeait. Le voisinage et la compagnie aussi. Je me souviens du fils de notre propriétaire madame Lafont, qui était garçon boulanger. Il avait un vélo où, à l’avant,  était accrochée une grande panière en osier. De temps en temps il transportait mon frère. Quel bonheur de voir son grand sourire à travers le tressage de l’énorme sacoche ! J’aurais bien donné deux ans de ma vie pour rapetisser et rentrer dans cette fabuleuse cage !

 

Le perroquet

 

Les pins des Landes ont cette particularité l’été, d’embaumer l’atmosphère. Lorsque je me promenais dans les champs de bruyère je respirais à plein poumon. J’avais l’impression de me ressourcer dans ces paysages. ( J’étais né dans les landes en 1945 mais j’étais parti, à 2 mois, à Toulouse où mon père avait trouvé un travail). Pour moi ces arbres, ces fleurs, ces étangs  évoqueront toujours le paradis de mon enfance.

Un jour, en longeant une villa isolée au plus profond de la lande,  nous apercevons un perroquet aux couleurs flamboyantes ( l’oiseau du paradis ?) perché sur un bananier de jardin. Comme nous commencions à essayer de le faire parler, la propriétaire, très avenante, nous fait signe de rentrer chez elle. Dés que nous entrons dans la salle à manger elle s’assied devant un piano magnifique qui prenait presque toute la pièce. Elle se lance dans l’interprétation d’une sonate très connue que ma sœur, qui étudiait cet instrument, accueillit avec un grand sourire car elle le jouait souvent. La fenêtre était ouverte : l’animal reproduisait fidèlement toutes les notes que notre virtuose était en train d’interpréter !

Nous étions stupéfaits mais ravis en même temps. Cette image restera gravée toute ma vie dans ma tête, c’était peut être l’image du bonheur familial…que j’ai peut être inventé avec mon cœur d’enfant ?

 

Le petit paysan

 

 

J’étais un enfant de la ville. J’étais souvent malade et notre docteur ( il s’appelait Verdier) qui me trouvait chétif et malingre conseilla à ma famille de m’envoyer quelques mois à la campagne. Cela tombait bien puisque mes grands-parents vivaient à Villeneuve de Marsan, un petit village perdu au milieu des champs et des prairies, à la limite du Gers et des Landes et qui ne demandaient pas mieux que de m’accueillir.

Je pense maintenant au déchirement que cela a du être pour ma mère de se séparer de son fils à cet âge là (j’avais 5 ans je crois). J’arrive donc au début des grandes vacances,  accueilli par mes aïeuls,  qui attendaient ma venue avec impatience. Ils se faisaient une joie de me garder.

Petit à petit, le citadin se transformait. On m’achète un béret et on me chausse de sabots. Tous les jours j’accompagne mon grand-père (François) au jardin potager qui se trouvait à quelque centaine de mètres de la maison. Ce qui m’intéressait le plus c’était le piège à oiseaux : une espèce de boite en bois, soutenue par une tige qui s’affaisse sur le volatile dés qu’il l’a touchée. Une fois l’oiseau attrapé,  François l’amène dans sa cabane à outils pour me préserver du spectacle un peu morbide de l’étouffement du moineau. C’était un peu la spécialité du pays, l’oisillon cuit avec une sauce au vin rouge que nous appelions « la sauce noire ». Nous nous régalions de dépiauter ces petits os, ces chairs tendres….

L’après midi je courrais les champs avec une petite voisine, elle s’appelait Catherine. Nous construisions des cabanes «  au fond de la prairie », expression consacrée qui désignait un endroit bien précis . Notre jardin jouxtait un pré qui allait directement dans les bois. Ma petite copine connaissait tous mes secrets, le nom de tous mes soldats, mes escapades avec ma chienne Zoumba, je lui décrivais toutes les pièces de ma demeure , je lui calculais même les intérêts de la maison que mes parents aller acheter. Car les adultes ne savent pas que les enfants s’intéressent à leurs conversations dans le moindre détail.

Le soir mon grand-père ( papé)  me faisait réciter le Corbeau et le Renard. Lorsque nous avions des œufs à la coque, le jeu consistait, en récitant les vers de La Fontaine,  de tenir dans ma bouche le plus longtemps possible les mouillettes de pain, alors que papé essayait de me les chiper. Ma grand-mère (Rosa) , en nous voyant nous esclaffer,  faisait semblant de ne pas s’intéresser à notre manège, elle était trop sérieuse. Mais je sentais qu’elle aimait ces soirées, son visage s’éclairait d’un sourire comme jamais je le voyais d’ordinaire.

Je couchais dans la chambre de ma mère , la chambre bleue. Elle était entourée de mystère. Rosa me confia que Bernadette ( ma mère) avait failli mourir lorsqu’elle avait mon âge. Elle avait attrapé « Le Croup » une maladie terrible qui obstruait la trachée artère. C’est en priant la Vierge Marie que le miracle s’est accompli : La guérison a été complète. La couleur bleue est celle de l’Immaculée Conception et si à mon prénom Michel est accolé celui de Marie c’est en remerciement pour cet événement. J’étais également fasciné par les scènes rurales dessinées  sur la tapisserie (c’était la mode à l’époque). Je passais des heures à scruter en détail les images : le vigneron habillé à l’ancienne avec une espèce de grande barboteuse, les vignes de couleur bleutée, de grandes prairies où des paysans aux visages pittoresques s’activent, une paysanne avec son seau, des gamins courant dans les champs parsemés de fleurs…En m’endormant je courrais avec eux, je ramassais les raisins de la treille  de la tapisserie  mais les personnages avaient tout à coup des visages familiers, celui de ma mère effaçait tous les autres…

Au bout de six mois j’étais devenu un vrai paysan dans l’allure et dans les goûts! Mais mes parents trouvaient que mon stage dans le Gers avait assez duré, il fallait quand même penser à me faire rentrer à l’école. Moi-même je pleurais en cachette , ma famille me manquait, surtout ma mère qui ne pouvait plus me serrer dans ses bras…

Je me souviens encore de l’aronde de papa rentrant dans le magasin ( la voiture se garait à côté des sacs de maïs. Je suis des yeux les visages de mon père, de mon frère,de ma sœur,  mètre par mètre, je trouve qu’ils ont changé ( je pense maintenant que c’est  eux qui ont du être stupéfaits de me voir grossi, le teint rouge avec un béret et des sabots !)…Dés la portière ouverte, je saute dans  les bras de ma mère : « Alors tu t’es ennuyé » me lance t elle. Je réponds : « Pas du tout! maman, j’aimerais bien rester encore ». Pourquoi avais-je menti ? En tout cas on ne me laissa plus aussi longtemps chez mes grands-parents.

 

Le chat

 

Je me suis toujours demandé pourquoi un enfant peut être quelque fois très cruel avec les animaux. A Villeneuve nous avions des chats qui n’étaient pas que des animaux de compagnie. Mon grand-père était marchand de grain et il entreposait sa marchandise  dans un magasin qui était à coté de la salle à manger. Nous étions à la campagne et pour les rats des champs ce stock était une aubaine. Ils avaient à leur disposition de la nourriture pour toute leur vie. Les chats étaient donc les gardiens de cet endroit. François avait choisi une race de gros chats ( on disait mahousse) pour impressionner ces indésirables. Cependant ils se laissaient bien câliner. Je les caressais sous le cou, ils adoraient cela. Il n’y avait qu’a entendre le doux ronronnement qui s’échappait de leur bouche….

Mais un jour je ne sais pas ce qui m’a pris, je vois une grande bassine que ma grand-mère venait de remplir d’eau , j’y lance l’animal qui était dans mes bras. Le chat se détend comme un ressort et en jaillit aussitôt en miaulant toutes griffes dehors ! Je pars en courant terrifié. Ma grand-mère ne perd pas son sang froid, elle attrape un bâton, et fait semblant de le frapper( ce qui provoque aussitôt la fuite de notre bête). En même temps je reçois deux paires de claques. Je m’effondre en pleurs. Je me réfugie dans un coin de la cuisine en sanglotant. Cependant rapidement mon chagrin s’atténue, ma tristesse ne pouvait pas durer longtemps, on oublie vite ces petites mésaventures lorsque l’on est enfant. Mais je fais semblant d’être malheureux, je guette d’un œil vers ma «  mamé ». Je suis sur qu’elle va me pardonner…Je trouve cependant le temps un peu long. Mais enfin elle s’approche de moi « Tu ne le feras plus ? ». Je lui saute dans les bras. Mais c’est à ma mère que je pense à ce moment là, il n’y a qu’elle qui savait me consoler….

 

Le jardin des poètes

 

 

De temps en temps mon père nous emmenait « en tournée ». Il était représentant de commerce, il voyageait du mardi au vendredi soir pour visiter ses clients qui se situaient dans un cercle qui comprenait Carcassonne, Narbonne, Béziers, Perpignan et Limoux. Quelque fois il partait avec toute la famille pour nous faire visiter ces villes dont il nous parlait tant. Je me les représentais dans mon imagination, je me promenais dans leurs ruelles, admirant au passage tous ce que mon père nous décrivait lors de nos repas familiaux.

Une fois nous étions à Béziers et nous l’attendions dans un parc appelé « Le jardin des poètes ». Avec mon frère nous n’avions pas trouvé d’autres jeux que de lancer des cailloux. Un de nos projectiles touche un promeneur. Aussitôt un monsieur très sérieux s’approche de moi et me menace : « C’est très mal ce que vous êtes en train de faire, je vais appeler les gendarmes ». Je retourne vers ma mère en courant mais sans dévoiler la cause de ma réapparition à ses cotés. Je me blottis contre elle et au bout d’un moment je demande « On part quand ? ». Ma consolatrice pense qu’on commence à s’ennuyer, elle nous ramène vers la voiture de mon père. Par chance il était là, il venait de sortir de chez son client. Je leur dis « Je veux partir d’ici, j’aime pas Béziers ». Mon père prend le volant. Moi je garde constamment les yeux rivés vers l’arrière. Je suis très anxieux, craignant de voir arriver une voiture de police. Je me retourne et je m’exclame : «  Quand on va vite personne peut nous suivre ! » Mes parents ne font pas très attention à cette réflexion qui faisait parti pour eux de ces genres de phrases sans queue ni tête caractéristiques des pensées des petits enfants. Au bout d’un moment ma mère se penche vers le conducteur et lui dit : « Michel n’aime pas les voyages, la prochaine fois tu partiras seul, nous resterons à Toulouse…. »

 

Le père Noël

 

Mes allers et retours à l’école je les faisais toujours accompagné de deux camarades. En ce début décembre 1952 il gelait et dans les caniveaux il s’était formé des barres de glace que nous assimilâmes tout de suite à des épées. A cet age ( 7 ans) nous aimions bien les bagarres. Je disais même à mon frère que j’aimerais qu’il soit en caoutchouc pour que je puisse plus souvent le battre et que mes coups ne lui fassent pas mal ! Mais ce jour là le combat tourna au vinaigre. Un de mes copains (Gérard Soulié) reçoit de ma part une barre de glace en plein visage. Aussitôt une bagarre générale s’ensuivit et ce sont des adultes qui ont du nous séparer. Enfants, nous ne sommes pas rancuniers très longtemps, nous répartîmes bras dessus bras dessous comme s’il ne s’était rien passé.

Cependant Gérard avait gardé quelque rancœur du coup que je lui avais donné, la blessure lui cuisait encore au visage et lui rappelait sûrement sans cesse son humiliation devant les autres camarades.

Je rentre chez moi avec mes amis et demande à ma mère, comme d’habitude, si on peut jouer quelque temps. Celle ci nous fait entrer et en même temps m’interpelle : « Nous sommes à deux  semaines de Noël, as tu écris ta liste de cadeaux ? » A ce moment là je vois mes copains se chercher des  yeux et glousser discrètement. Soulié sent que sa revanche approche, il susurre à ma mère : « Il y croit encore ? ».

Ah quelle déception ! Depuis quelques mois j’avais quelques doutes mais je me refusais à cette triste vérité : «  Le monde enchanté du Père Noël n’est qu’une fable » J’en aurais pleuré de rage. Je fixe bien ma mère dans les yeux : « C’est vrai,  il n’existe pas ? ». Très embarrassée et toute désolée de me voir si déçue elle opine de la tête. A ce moment là je me mets à crier haut et fort devant mes camarades médusés : « Eh bien j’y croirais quand même, même s’il n’existe pas !…. »

 

Mickey

 

 

Dans le journal de Walt Disney dont j’adorais la petite souris, il y avait une page que je lisais en premier c’était «  Mickey à travers les siècles ». Chaque fois qu’il se cognait la tête il changeait d’époque. Ces belles histoires ont du, d’ailleurs, faire partie de mon inclination future à me passionner pour l’Histoire de France. Quelque fois entouré de mon frère et de ma sœur je racontais quelques merveilleuses histoires que j’avais lues. Mon père aimait bien ce délicieux moment où ses enfants s’intéressaient à des sujets sérieux.

Une fois Mickey, en changeant d’époque, retourne à l’époque Napoléonienne. Ce dernier qui avait une mémoire d’éléphant ( selon la tradition) se rappelle de notre souris. En effet celle ci avait déjà vécu une aventure avec le grand homme dans un numéro ancien du journal ( qui devait dater d’au moins un an). Je répète cela à mon père : je m’enthousiasme, quel grand homme pour se rappeler ces aventures avec Mickey ! Mais en disant cela je suis sérieux. Car en fait je n’étais pas un lecteur ordinaire. Je me mettais vraiment à la place du personnage,  comme si,  en fait,  je vivais vraiment ses aventures.

Mon père ne peut s’imaginer telle magie de son lecteur de fils, donc, inconsciemment ou non,  il déforme la question et la rend rationnelle : « Oui,  c’est formidable que Walt Disney puisse se rappeler de tous les épisodes. Un grand écrivain dans ses pièces de théâtre avait une collection de soldats de plomb sur lesquels il collait des  étiquettes pour savoir s’il les avait fait mourir ou pas ! . Je ne le contredis pas, car en réfléchissant bien je m’apercevais que ma réflexion était stupide, mais surtout incompréhensible par le monde des adultes…

 

Maladroit

 

 

Notre maison du Busca était très proche du jardin des plantes. Ma mère nous amenait le jeudi après midi mon frère et moi dans ce parc où tout m’enchantait. Il y avait des manèges, un théâtre de marionnette, des animaux ( dont un bouc qui puait à plus de 100 mè